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Sclérose en plaques : le rôle clé des hormones sexuelles chez les femmes

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La sclérose en plaques touche environ 2,9 millions de personnes dans le monde, dont près de 75 % sont des femmes. Le risque de développer la maladie entre 20 et 40 ans, une période marquée par de fortes variations hormonales, est environ trois fois plus élevé chez les femmes que chez les hommes. Avant la puberté, cette différence est quasi inexistante, ce qui suggère un rôle important des hormones sexuelles dans cette disparité.

Pour mieux comprendre ce phénomène, des chercheurs ont étudié le liquide qui entoure directement le cerveau et la moelle épinière, le liquide céphalo-rachidien. Une équipe de l’University of Colorado Anschutz Medical Campus a mené une étude publiée dans IBRO Neuroscience Reports. En analysant en détail les protéines présentes dans ce liquide chez six femmes, dont trois atteintes de sclérose en plaques, ils ont découvert plus d’une centaine de différences. Certaines de ces différences impliquent une protéine clé, la sex hormone-binding globulin (SHBG).

Pourquoi la sclérose en plaques touche surtout les femmes ?

La sclérose en plaques est une maladie auto-immune dans laquelle le système immunitaire attaque la myéline, la gaine protectrice des fibres nerveuses du système nerveux central. Aujourd’hui, environ trois femmes sur quatre sont touchées, contre un ratio d’environ deux pour un il y a quelques décennies. Selon l’endocrinologue Kimberley Bruce, de nombreuses maladies neurologiques présentent des différences entre les sexes. Certaines, comme la sclérose en plaques et Alzheimer, sont plus fréquentes chez les femmes, alors que la maladie de Parkinson l’est davantage chez les hommes.

Les risques augmentent nettement après la puberté, puis lors de la grossesse et de la ménopause. Les poussées de la maladie diminuent généralement pendant la fin de la grossesse, avant de reprendre après l’accouchement. Cela indique que les hormones sexuelles moduleraient l’inflammation et la capacité de réparation du cerveau.

Ce que révèle le liquide céphalo-rachidien des femmes atteintes

Dans l’étude, les chercheurs ont comparé le liquide céphalo-rachidien de trois femmes atteintes de sclérose en plaques avec celui de trois femmes du même âge sans maladie neurologique. Ils ont identifié 72 protéines plus abondantes chez les patientes et 46 moins présentes. Beaucoup de protéines augmentées sont liées à l’activité des microglies et des macrophages, des cellules immunitaires qui nettoient les débris et détruisent les cellules dangereuses. Celles qui diminuent sont associées à la neurogenèse et au bon fonctionnement des neurones, essentiels à la réparation du cerveau.

Kimberley Bruce explique que cette étude permet d’améliorer la compréhension de la progression de la sclérose en plaques, notamment chez les femmes. Parmi les protéines en excès, la SHBG retient particulièrement l’attention. Cette molécule se lie aux œstrogènes et à la testostérone, ce qui limite la quantité de ces hormones « libres » capables d’agir sur les tissus. Un excès de SHBG dans le liquide céphalo-rachidien pourrait ainsi réduire localement les effets neuroprotecteurs et immuno-modulateurs des hormones dans le cerveau des femmes, surtout à l’âge où la maladie est souvent diagnostiquée.

Vers des traitements plus personnalisés ?

Ces profils protéiques pourraient à l’avenir servir de biomarqueurs pour suivre l’évolution de la maladie ou tester de nouveaux traitements ciblant spécifiquement les femmes. Kimberley Bruce souligne que ces signaux pourraient aider médecins et chercheurs à mieux surveiller la maladie ou à élaborer des thérapies adaptées. Elle insiste sur le fait que le risque de sclérose en plaques dépend de nombreux facteurs, et qu’il est nécessaire de développer des traitements variés, ciblant ces différents facteurs, pour une prise en charge plus efficace et personnalisée.

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