Il faut en moyenne près de dix ans pour diagnostiquer précisément certains troubles psychiatriques, comme le trouble bipolaire. Les patients doivent souvent attendre environ 9,5 ans avant de recevoir un traitement adapté. Le système de santé britannique, le NHS, confirme cette difficulté, avec des délais qui peuvent s’étendre sur plusieurs mois, voire plusieurs années, pour accéder à des services spécialisés. Ces retards concernent toutes les tranches d’âge et toutes les classes sociales. Selon l’Assurance maladie, en France, près d’une personne sur cinq, soit 13 millions d’individus, est touchée par des maladies mentales ou des troubles psychiques.
Un test urinaire pour accélérer le diagnostic
Pour remédier à ces délais, une équipe de l’Université de Cambridge travaille sur une solution innovante : un simple test urinaire. Publiée le 7 mai 2026 dans la revue BMC Psychiatry, cette étude combine analyses génétiques et chimiques des urines pour détecter des signatures biologiques associées à sept troubles psychiatriques. Voici l’essentiel à retenir.
Un test pour repérer trouble bipolaire, TDAH et anorexie
Jihan Zaki, doctorante et première auteure de l’étude, explique que « en utilisant les données existantes, nous avons identifié des marqueurs qui pourraient un jour faciliter les décisions cliniques et aider les patients plus tôt ». Les chercheurs ont identifié 67 marqueurs urinaires liés à des troubles psychiatriques, dont 21 spécifiques à un seul trouble. Parmi eux, on trouve des taux anormaux de vitamine B6 (pyridoxal) dans l’anorexie, de N,N-diméthylglycine dans le TDAH, ainsi que des variations de créatine et de tyrosine associées respectivement au trouble bipolaire et à la schizophrénie.
Les auteurs insistent sur la simplicité de cette approche : une analyse d’urine est une procédure courante, rapide et non invasive. À terme, un médecin pourrait envoyer un échantillon en laboratoire et recevoir un profil de biomarqueurs qui indiquerait un risque élevé pour certains troubles psychiatriques.
Un diagnostic plus précoce et moins de surcharge pour les services de santé
Ce projet s’appuie sur des travaux antérieurs. En 2025, la même équipe publiait une méta-analyse génétique des métabolites urinaires dans la revue Scientific Reports. Ces recherches prolongent les efforts pour identifier des marqueurs sanguins du trouble bipolaire, tout comme d’autres projets visant à développer un test urinaire pour dépister précocement le cancer du poumon. Ces méthodes non invasives ont pour objectif de sauver des vies tout en allégeant la charge des services de santé.
La professeure Sabine Bahn, directrice du Centre de recherche neuropsychiatrique de Cambridge et auteure principale de l’étude, souligne que « si ces résultats se confirment lors d’essais cliniques, nous pourrions fournir aux médecins généralistes et aux équipes de santé mentale un outil pratique pour un diagnostic plus précoce, tout en réduisant la pression sur des structures déjà saturées. »
Quand peut-on espérer une application en hôpital ?
Les chercheurs précisent que ces biomarqueurs restent encore des « candidats ». La prochaine étape consiste à les tester dans des essais cliniques en conditions réelles. Actuellement, ces résultats reposent sur des données génétiques agrégées, et il faudra vérifier leur fiabilité sur de nombreux patients, de différents âges et avec divers traitements. Il est essentiel de confirmer que ces marqueurs prédisent avec précision la présence d’un trouble, sans générer trop de faux positifs ou négatifs.






