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Le mystère du troisième état entre vie et mort dévoilé

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Entre la vie et la mort, il existerait un état particulier que certains scientifiques qualifient de « troisième état entre la vie et la mort ». Dans cet espace, certaines cellules, une fois séparées de leur organisme, se réorganisent et adoptent des comportements inattendus. Ce phénomène a été observé avec des structures appelées xénobots et anthrobots, qui sont de minuscules assemblages cellulaires conçus en laboratoire. Ces structures semblent continuer à agir même après la disparition de leur corps d’origine.

Ce concept a été mis en avant en septembre 2024 par le microbiologiste Peter A. Noble de l’Université de l’Alabama à Birmingham, et le bioinformaticien Alex Pozhitkov du centre anticancer City of Hope. Dans un article publié sur le site The Conversation, ils expliquent que ces structures illustrent un état inédit où la mort d’un organisme ne signifie pas l’arrêt total de toute activité cellulaire. Au contraire, elle pourrait représenter le début d’une nouvelle organisation collective des cellules, ce qui remet en question notre distinction habituelle entre vie et mort.

Ce que recouvre ce « troisième état entre la vie et la mort »

Selon cette hypothèse, la mort correspond à l’arrêt irréversible de l’ensemble de l’organisme. Cependant, certaines cellules peuvent survivre plusieurs heures, voire plusieurs jours, si elles disposent d’oxygène, de nutriments et de signaux biochimiques adéquats. Par exemple, des globules blancs peuvent disparaître entre 60 et 86 heures après la mort, tandis que des cellules musculaires de souris peuvent potentiellement se régénérer jusqu’à deux semaines.

Les travaux de Noble et Pozhitkov montrent que dans ces conditions, des cellules peuvent se réassembler pour former de petits organismes multicellulaires autonomes. Ces résultats suggèrent que « les cellules et les organismes ne sont pas uniquement limités à des évolutions prédéterminées », expliquent-ils. Ce « troisième état » ne consiste pas en une résurrection du corps humain, mais en une plasticité inattendue de certains sous-ensembles cellulaires, capables de coopérer différemment une fois libérés de leur contexte initial.

Xénobots, anthrobots : des biobots issus de cellules déroutantes

Les xénobots, développés dans le laboratoire du biologiste Michael Levin à l’Université de Tufts, sont fabriqués à partir de cellules de grenouille, initialement destinées à former la peau ou des tissus internes. Au lieu de produire du mucus, leurs cils servent à la locomotion. Certains prototypes montrent même une capacité à se reproduire, en poussant d’autres cellules à s’assembler pour former de nouveaux « biobots ». Des expériences similaires ont été menées avec des cellules humaines des voies respiratoires, donnant naissance à ce que l’on appelle les anthrobots. Ces structures mobiles ont été décrites en 2024 dans la revue Advanced Science. Elles se déplacent spontanément et ont permis de faire progresser la réparation de neurones en culture.

Pour William Miller, médecin et biologiste évolutif, ces observations vont bien au-delà d’un automatisme simple. Il explique que « l’organisme ne répond plus comme avant, mais certains sous-ensembles de cellules restent actifs, prennent des décisions et résolvent des problèmes ». Selon lui, cela remet en question notre perception du vivant, en suggérant que « la cellule consciente pourrait être l’unité fondamentale de l’action biologique ». Michael Levin souligne aussi que l’humain a une capacité limitée à percevoir ce qui relève de l’intelligence, surtout quand elle est très petite ou très grande, ou lorsqu’elle se déploie à des vitesses moyennes dans un espace tridimensionnel.

Promesses médicales, cellules « conscientes » et controverses scientifiques

Ces nouveaux biobots ouvrent des perspectives en médecine régénérative. L’idée est de créer des « médicaments vivants » à partir des tissus du patient. Ces structures pourraient transporter des molécules, traverser un mucus épais ou nettoyer des plaques d’athérome, puis se dégrader naturellement en quelques semaines. Leur origine autologue limiterait les risques de rejet immunitaire, ce qui séduit certains cliniciens. Miller voit dans ces innovations un exemple de collaboration avec les cellules pour créer des formes de vie utiles à l’humain.

Cependant, ces recherches en sont encore à un stade préliminaire. Les anthrobots et xénobots vivent actuellement en laboratoire, dans des conditions contrôlées, sans cerveau ni système nerveux. La théorie selon laquelle ces comportements pourraient refléter une forme de conscience cellulaire a été vivement critiquée. En 2024, une lettre publiée dans EMBO Reports qualifiait cette idée d’« exercice intellectuel sans preuve empirique ». Lincoln Taiz, biologiste végétal, rappelle que « on sait depuis environ 75 ans que l’on peut induire des développements cellulaires anormaux en dehors de leur contexte naturel ». Wendy Ann Peer insiste aussi sur le fait que la science doit toujours reposer sur des hypothèses testables et réfutables.

Malgré cela, ces avancées montrent que la frontière entre vie et mort est plus floue que ce que l’on pensait. Les cellules peuvent continuer à agir et à coopérer dans des contextes inattendus, ce qui remet en question nos notions traditionnelles sur la vie.

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