Une avancée majeure contre le cancer du pancréas
Le cancer du pancréas est l’un des plus difficiles à traiter. Selon Alice Boilève, oncologue, il représente le quatrième cancer le plus fréquent et devrait devenir le deuxième en mortalité dans les prochaines années. La survie à cinq ans après le diagnostic est très faible : seulement 11 % des patients y parviennent. En 2022, près de 13 000 personnes sont mortes de cette maladie en France, et environ 16 000 nouveaux cas ont été diagnostiqués en 2023, d’après l’Institut national du cancer. Jusqu’à présent, aucun traitement efficace n’était disponible.
Une nouvelle molécule qui pourrait tout changer
Lors du Congrès annuel du cancer de Chicago, qui s’est tenu le dimanche 31 mai, un nouveau médicament a suscité beaucoup d’espoir. Il s’appelle le daraxonrasib. Cette molécule agit en bloquant une protéine responsable de 90 % des cancers du pancréas. Selon Alice Boilève, « cette molécule est une révolution qui va changer nos pratiques« .
Un espoir concret dans les premiers résultats
Les premiers résultats d’une étude clinique en cours sont très encourageants. Certains patients, ayant participé à une phase 1, sont toujours en vie plus de deux ans après le début du traitement, indique le professeur Pascal Hammel. D’après les données du laboratoire américain Revolution Medicines, la survie médiane sous daraxonrasib atteignait 13,2 mois, contre 6,7 mois avec une chimiothérapie de seconde ligne. Cela représente une quasi-doublée de la durée de survie.
En France, un essai clinique a également été lancé. Il y a un an, une soixantaine de patients, dont Lise Huchet, ont intégré le protocole. Depuis, elle prend chaque jour trois comprimés à domicile. Sa tumeur a diminué de 70 %, ce qui lui donne beaucoup d’espoir : « sur moi, ça marche extrêmement bien et ça redonne beaucoup d’espoir pour l’avenir », confie-t-elle à franceinfo.
Comment fonctionne le daraxonrasib ?
Le daraxonrasib agit en bloquant les protéines de type K-RAS, impliquées dans le développement du cancer du pancréas. Pendant longtemps, cette cible a été considérée comme inaccessible. Cependant, dans près de 90 % des cas, ce gène est muté ou dérégulé, ce qui permet à ce traitement d’être potentiellement applicable à une large majorité de patients.
Une prise en comprimé et peu d’effets secondaires
Contrairement à la chimiothérapie classique, le daraxonrasib se présente sous forme de comprimé à prendre chaque jour à domicile. Cela simplifie la vie des patients en réduisant les déplacements à l’hôpital. Lors des essais, il a été observé que la tumeur arrêtait de progresser de manière claire. Les effets indésirables restent généralement gérables, avec des éruptions cutanées, des inflammations autour des ongles, ainsi que des troubles digestifs comme la diarrhée ou les nausées. Certains patients ont dû interrompre le traitement à cause de ces effets.
Quand pourra-t-il être disponible en France ?
Malgré les résultats prometteurs, les spécialistes restent prudents. Iris Pauporté, directrice de recherche à la Ligue contre le cancer, souligne qu’il s’agit d’une « grande avancée » pour les patients chez qui la molécule fonctionne, tout en précisant que « ce n’est pas le cas pour tout le monde ». Elle met en garde contre de faux espoirs.
La commercialisation devrait débuter d’abord aux États-Unis dans les prochains mois, après le dépôt d’un dossier auprès de la FDA. En Europe, le calendrier est moins certain, avec une estimation d’environ « un à deux ans » avant une possible disponibilité. Les chercheurs espèrent toutefois une arrivée plus rapide.






