Un plantain vert quotidien pour réduire le risque de cancer colorectal ?
Selon le Dr William Arias, médecin spécialisé dans l’obésité et le métabolisme, manger un plantain vert chaque jour pourrait aider à prévenir le cancer du côlon. Son message, largement relayé en espagnol, repose sur l’idée que l’amidon résistant contenu dans le plantain non mûr aurait des propriétés protectrices pour l’intestin.
Ce fruit, encore vert, serait, selon lui, un allié contre les tumeurs colorectales. Cependant, cette promesse spectaculaire soulève la question : que dit réellement la science sur le lien entre le plantain vert et le cancer colorectal ? Les études disponibles évoquent surtout des bénéfices pour la santé digestive et, dans certains cas, une réduction de certains cancers liés au système digestif. Mais l’effet direct sur le côlon n’est pas aussi clair qu’il pourrait le sembler.
Le point de vue du médecin sur le plantain vert comme remède anticancer
Dans une vidéo devenue virale, le Dr Arias affirme que manger du plantain vert chaque jour pourrait diminuer jusqu’à 60 % les risques de développer un cancer colorectal. Il se fonde notamment sur une étude publiée dans la revue américaine Cancer Prevention Research. Cette étude a testé une supplémentation en amidon résistant, équivalente à un plantain vert par jour, chez des personnes à très haut risque héréditaire de cancer.
Il est important de préciser de quel fruit il s’agit. Le plantain vert désigne une banane ferme, farineuse, qui se consomme cuite, notamment en Amérique latine ou en Afrique. Tant qu’il reste vert, son sucre n’est pas encore entièrement formé, et une grande partie de sa composition est de l’amidon résistant. En mûrissant, il devient plus doux et perd une partie de cet amidon.
Quel est le rôle de l’amidon résistant dans le côlon ?
L’amidon résistant est un type de glucide qui n’est pas digéré dans l’intestin grêle. Il atteint le côlon presque intact, où il agit comme une fibre fermentescible. On le trouve aussi dans les légumineuses, certaines céréales complètes ou encore dans les pommes de terre cuites puis refroidies. Ce glucide sert de nourriture aux bactéries du microbiote intestinal.
En fermentant cet amidon, ces bactéries produisent des acides gras à chaîne courte, notamment le butyrate. Ce dernier nourrit les cellules de la paroi du côlon, limite l’inflammation locale, et pourrait influencer la division cellulaire. Plusieurs études observationnelles ont montré qu’une alimentation riche en fibres fermentescibles est associée à un risque réduit de cancer colorectal, même si elles ne ciblent pas spécifiquement le plantain.
Que disent réellement les études sur l’amidon résistant et le cancer colorectal ?
Une étude appelée CAPP2, menée auprès d’environ 1 000 personnes porteuses du syndrome de Lynch, illustre cette nuance. Pendant 2 à 4 ans, certains participants ont reçu 30 g d’amidon résistant par jour, soit l’équivalent d’un plantain vert, d’autres un placebo. Après un suivi pouvant aller jusqu’à 20 ans, il y a eu 52 cas de cancer colorectal dans le groupe ayant reçu l’amidon, contre 53 dans le groupe contrôle.
Ce qui ressort de cette étude, c’est que l’amidon résistant semble réduire d’environ 50 à 60 % le risque d’autres cancers liés au syndrome de Lynch, notamment ceux de l’estomac, des voies biliaires ou du pancréas. Le ratio de risque (hazard ratio) est proche de 0,54. Cependant, cela ne prouve pas que la consommation quotidienne de plantain vert diminue significativement le risque de cancer colorectal chez tout le monde.
Les grandes institutions de lutte contre le cancer, comme le centre américain MD Anderson, insistent sur une approche globale : une alimentation variée riche en fibres (légumineuses, céréales complètes, fruits, légumes, éventuellement plantain vert), une activité physique régulière, la limitation du tabac et de l’alcool, ainsi que le dépistage organisé.






