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Le prix du traitement miracle contre l’hépatite C choque le monde

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Un traitement révolutionnaire, mais inaccessible

Le virologue américain Charles Rice, prix Nobel de médecine en 2020, dénonce le prix du sofosbuvir, un médicament clé contre l’hépatite C. Selon lui, il est inadmissible qu’un traitement capable de guérir la maladie ne soit pas accessible à tous, en raison notamment de son coût. Il affirme qu’il s’agit d’un « crime » que ce médicament existe, mais que nombreux ne puissent en bénéficier.

Une maladie encore très présente

L’hépatite C est une infection virale qui détruit silencieusement le foie et peut évoluer vers un cancer. Elle touche actuellement environ 50 millions de personnes dans le monde et cause 240 000 décès chaque année. Pourtant, un antiviral, le sofosbuvir commercialisé sous le nom de Sovaldi par Gilead Sciences, permet de guérir la majorité des patients. La question qui se pose est : comment un traitement aussi efficace peut-il rester inaccessible pour beaucoup ?

Une avancée majeure, mais un coût exorbitant

Découvert en 2007 par le chimiste Michael J. Sofia, le sofosbuvir a bouleversé la prise en charge de l’hépatite C. En seulement douze semaines, il permet d’éliminer le virus chez la majorité des personnes infectées, avec des traitements souvent bien tolérés. Avant cette molécule, les anciens traitements étaient moins efficaces et provoquaient de nombreux effets secondaires.

Gilead Sciences a racheté la société Pharmasset, détentrice du médicament, pour 11 milliards de dollars. Lors de sa mise sur le marché américain, le prix affiché était de 84 000 dollars par patient, soit environ 77 000 euros pour une cure de trois mois. Or, le coût de fabrication de cette molécule était estimé à seulement 100 à 200 dollars, soit environ 90 à 180 euros, créant un énorme écart entre le prix réel et celui facturé.

Les différences selon les pays

Aux États-Unis, ce prix élevé a limité l’accès au traitement, poussant certains programmes publics comme Medicaid à réserver le traitement aux cas les plus graves. En Amérique latine, la situation est encore plus critique : sur 4 millions de personnes infectées, seulement 1 % ont pu recevoir un traitement, ce qui illustre l’échec de l’accès à la thérapie pourtant disponible.

En France, le Comité économique des produits de santé (CEPS) a fixé en 2014 le prix du Sovaldi à 13 667 € pour une boîte de 28 comprimés, soit environ 41 000 € pour une cure de trois mois. L’Assurance maladie a d’abord réservé cette prise en charge aux patients les plus sévèrement atteints, avant d’élargir l’accès en 2017 à tous les patients, avec un tarif d’environ 28 700 € pour la même durée.

Les stratégies pour faciliter l’accès

Face à ce coût élevé, certains pays ont cherché des solutions. L’exemple le plus souvent cité est celui de l’Égypte, où environ 10 % de la population était infectée. Un accord avec Gilead a permis la production locale de sofosbuvir à un tarif abordable, ce qui a permis un traitement de masse très efficace.

De leur côté, l’Espagne a réussi à traiter ou guérir environ 90 % de ses malades grâce à une stratégie nationale volontariste. Cependant, la situation reste contrastée dans le reste du monde :

  • Aux États-Unis, le prix élevé a conduit à des restrictions par certains assureurs ;
  • En France, le coût est supporté par la solidarité nationale via l’Assurance maladie ;
  • Dans de nombreux pays à revenu faible ou intermédiaire, les brevets et le prix empêchent encore l’arrivée de médicaments génériques à bas coût.

Une crise morale selon le Nobel

Charles Rice déplore que dans un monde où la recherche de profit prime, le traitement de l’hépatite C reste inaccessible pour ceux qui en ont le plus besoin. Selon lui, tant que la logique de rentabilité l’emportera sur la santé publique, le médicament capable d’éradiquer la virus restera hors de portée de nombreux patients.

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