Accueil Santé Faut-il arrêter les bêtabloquants après un infarctus Voici ce que dit la...

Faut-il arrêter les bêtabloquants après un infarctus Voici ce que dit la science

6
0

Depuis la publication de nouvelles études, de nombreux patients se demandent s’ils doivent arrêter les bêtabloquants prescrits après un infarctus du myocarde. La question « faut-il arrêter les bêtabloquants après un infarctus ? » est souvent posée lors des consultations ou sur les réseaux sociaux. En réalité, la réponse dépend du profil cardiaque de chaque patient. La règle fondamentale reste de ne jamais modifier son traitement sans en parler à son médecin.

La controverse s’est intensifiée après la publication de travaux suggérant qu’une partie des patients à faible risque pourrait ne pas bénéficier d’un traitement prolongé. Certains ont interprété ces résultats comme un feu vert pour arrêter systématiquement les bêtabloquants, mais cela pourrait mettre en danger ceux qui en ont encore besoin. Les médecins généralistes, via la société savante espagnole SEMERGEN, appellent à la prudence et à une analyse approfondie de ces études.

Pourquoi les bêtabloquants restent essentiels après un infarctus

Les médicaments comme le métoprolol ou le bisoprolol ralentissent la fréquence cardiaque et réduisent la force de contraction du cœur. Après un infarctus, ils limitent la consommation d’oxygène par le muscle cardiaque et diminuent le risque de récidive. Cela est particulièrement vrai chez les patients souffrant d’insuffisance cardiaque ou d’une fraction d’éjection du ventricule gauche (FEVG) diminuée. La FEVG correspond au pourcentage de sang éjecté par le ventricule gauche à chaque battement. Lorsqu’il est faible, le cœur pompe moins efficacement. Ces médicaments sont également utilisés pour traiter l’angine de poitrine, certaines hypertensions ou troubles du rythme. Leur arrêt n’est donc pas envisageable pour tous.

Ce que révèlent les nouvelles études sur l’arrêt des bêtabloquants

L’essai REBOOT, présenté en 2025 lors d’un congrès de la European Society of Cardiology, a porté sur des patients sortant d’hospitalisation après une revascularisation d’un infarctus. Ces patients avaient une FEVI supérieure à 40 % et aucune antécédent d’insuffisance cardiaque. Les résultats n’ont pas montré de différence significative en termes de mortalité, de récidive d’infarctus ou d’hospitalisations pour insuffisance cardiaque entre ceux qui poursuivaient ou non leur traitement par bêtabloquants. Cependant, les médecins précisent que ces résultats concernent un groupe très spécifique : des infarctus non compliqués, sans insuffisance cardiaque, et avec une FEVI généralement préservée.

De leur côté, l’équipe de l’AP-HP a publié en août 2024 l’essai français ABYSS, qui propose un point de vue différent. Selon cette étude, l’interruption du traitement a été associée à une augmentation d’environ 2,8 % des événements cardiovasculaires et à un risque relatif accru de 16 %. De plus, l’arrêt a entraîné une hausse de la tension artérielle et de la fréquence cardiaque. Une analyse combinée d’ABYSS et de l’étude coréenne SMART-DECISION, publiée en août 2026 dans le Lancet, montre que le groupe ayant arrêté le traitement présente un taux d’événements cardiovasculaires « durs » très proche de celui qui poursuit le traitement (6,5 % contre 6,4 %). Les auteurs soulignent cependant qu’une grande partie de cette différence provient des hospitalisations.

Arrêter ou non les bêtabloquants après un infarctus : qui concerne-t-il ?

Les experts et sociétés savantes ciblent principalement un profil précis pour envisager une réduction ou un arrêt des bêtabloquants : il s’agit de patients ayant subi un infarctus non compliqué, étant stables, avec une FEVG préservée ou peu altérée, et sans autres indications comme l’angor, la fibrillation atriale ou une hypertension avec une fréquence cardiaque élevée. En revanche, chez les patients souffrant d’insuffisance cardiaque à FEVG réduite, ou ayant connu un infarctus compliqué ou présentant des symptômes persistants, le traitement reste essentiel.

Les études, notamment ABYSS, montrent qu’un arrêt brutal peut provoquer un rebond de la tension artérielle et du rythme cardiaque. Il est donc recommandé d’envisager un sevrage progressif, sous contrôle médical.

Selon SEMERGEN, « Les conclusions d’une étude n’impliquent en aucun cas la suspension immédiate ou indiscriminée d’un traitement », rappelant que « une seule étude ne remet pas en cause des années d’expérience clinique ». L’organisation insiste aussi sur le fait que, tant que les recommandations internationales ne sont pas modifiées, les traitements en cours restent valides et sûrs. Un patient souhaitant réduire ou arrêter ses bêtabloquants doit d’abord consulter son médecin pour discuter de sa situation, de sa FEVG, des risques et des signes d’alerte tels que douleur thoracique, essoufflement, palpitations ou malaise.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici