Pourquoi le nombre de diagnostics de cancer a-t-il presque doublé depuis 1990 ?
Lors de conversations informelles, que ce soit autour d’un dîner, au travail ou sur les réseaux sociaux, il revient souvent que de plus en plus de personnes connaissent un proche touché par un cancer. En France, Santé Publique France estime à 433 136 le nombre de nouveaux cas en 2023, soit près du double des chiffres enregistrés en 1990. Cette augmentation soulève une question : le cancer devient-il réellement plus fréquent, ou sommes-nous simplement meilleurs pour le détecter ?
En effet, la médecine a considérablement progressé ces dernières années. Les traitements évoluent, et certains cancers se soignent aujourd’hui mieux qu’auparavant. Selon l’oncologue américain Mikkael Sekeres, la réalité est plus nuancée qu’une simple hausse des cas. La croissance du nombre de diagnostics ne s’explique pas uniquement par une augmentation réelle de la maladie, mais aussi par d’autres facteurs.
Les raisons derrière cette impression de fréquence accrue
Pour comprendre cette sensation, il faut distinguer l’incidence (le nombre de nouveaux cas détectés) de la mortalité (le nombre de décès). L’incidence augmente notamment parce que la population vieillit : l’âge reste le principal facteur de risque du cancer, avec un diagnostic en moyenne à 67 ans. Plus les cellules se divisent au fil du temps, plus le risque d’accumuler des erreurs dans l’ADN augmente.
Par ailleurs, l’évolution de la médecine a également joué un rôle. Certaines maladies, comme le syndrome myélodysplasique, n’étaient pas comptabilisées comme cancers il y a quelques décennies. Leur inclusion dans les statistiques a mécaniquement augmenté le nombre total de cas, sans qu’un nouveau facteur de risque ait émergé.
Plus de diagnostics, mais pas forcément plus de cancers graves
Pour le Dr Mikkael Sekeres, le cancer se définit comme une « prolifération incontrôlée de cellules », liée à des altérations de l’ADN. Certaines de ces altérations apparaissent naturellement avec l’âge, d’autres sont favorisées par des facteurs comme le tabac, l’alcool ou les rayons ultraviolets. Il existe également des prédispositions génétiques ou des infections, telles que le papillomavirus humain ou les virus de l’hépatite, qui peuvent augmenter le risque de développer un cancer.
Néanmoins, notre capacité à détecter les cancers a considérablement progressé. Les dépistages et les examens d’imagerie permettent aujourd’hui d’identifier des lésions très tôt, parfois même des tumeurs qui n’auraient jamais provoqué de symptômes. Ce phénomène, appelé surdiagnostic, contribue à gonfler les chiffres et à renforcer l’impression d’une explosion des cas de cancer.
Les progrès thérapeutiques ont aussi changé la donne
Si le nombre de diagnostics augmente, cela ne signifie pas forcément que la situation se dégrade. Au contraire, les avancées médicales ont profondément modifié le pronostic de nombreux patients. En plus des chimiothérapies classiques, de nouvelles thérapies ciblées, qui s’attaquent à des anomalies spécifiques des cellules cancéreuses, et les immunothérapies, qui renforcent les défenses naturelles du corps, ont été développées.
En résumé, plus de cancers détectés ne traduit pas nécessairement une hausse de la gravité de la maladie. Cela reflète surtout une médecine plus efficace pour repérer et traiter ces affections.






