Une nouvelle forme de diabète reconnue officiellement
Dans certains quartiers pauvres d’Asie et d’Afrique, des adolescents très maigres sont diagnostiqués avec un diabète, malgré l’absence de surpoids. Ce profil peu courant correspond au diabète de type 5, une classification récemment reconnue par la Fédération Internationale du Diabète (FID). Ce type de diabète est directement lié à la malnutrition durant l’enfance, et il ne se comporte pas comme les types 1 ou 2, ce qui complique la prise en charge par les médecins.
Une maladie liée à la malnutrition durant l’enfance
Autrefois appelé Malnutrition-Related Diabetes Mellitus (MRDM), le diabète de type 5 concerne principalement les populations vivant dans des pays à revenu faible ou intermédiaire. Selon l’IDF, entre 20 et 25 millions de personnes dans le monde pourraient être touchées, sans qu’un diagnostic précis ait été posé. Ce diabète des personnes maigres est souvent confondu avec d’autres types, ce qui peut entraîner des traitements inadaptés et retarder la prise en charge nutritionnelle.
Caractéristiques et mécanismes du diabète de type 5
Dans ce diabète, le problème principal reste une glycémie trop élevée. Cependant, la cause remonte souvent à l’enfance. Une sous-alimentation chronique pendant la grossesse ou la petite enfance limite le développement du pancréas, ainsi que la production des cellules bêta responsables de l’insuline. Des études sur des animaux ont montré qu’un régime pauvre en protéines durant la gestation ou l’adolescence peut entraîner un petit pancréas, moins capable de produire suffisamment d’insuline.
Cliniquement, ces patients sont souvent très maigres, avec une forte carence en insuline. Contrairement au diabète de type 1, ils ne présentent pas de marqueurs auto-immuns, et contrairement au type 2, ils ne montrent pas une insulinorésistance marquée. Les symptômes sont similaires à ceux du diabète classique : soif intense, urines fréquentes, fatigue et perte de poids. Cela peut compliquer le diagnostic dans les systèmes de santé moins équipés.
Une reconnaissance officielle lors du Congrès mondial du diabète à Bangkok
Le 8 avril 2025, lors du Congrès Mondial du Diabète à Bangkok, la FID a officialisé la catégorie diabète de type 5. Le 15 avril, un groupe de travail dédié, le Type 5 Diabetes Working Group, a été créé. Il est notamment dirigé par la diabétologue Meredith Hawkins, du Global Diabetes Institute de New York, et par l’endocrinologue indien Nihal Thomas. Leur mission est de définir des critères diagnostiques et des recommandations pour la prise en charge.
Cette démarche met fin à des décennies d’incertitude. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait déjà reconnu puis abandonné la catégorie MRDM, laissant les médecins sans cadre clair. Résultat : un adolescent très maigre en Afrique ou en Asie pouvait recevoir un traitement basé sur les protocoles du diabète de type 1 ou 2, sans tenir compte de ses origines et de ses carences nutritionnelles. L’IDF souhaite également mettre en place un registre international pour mieux évaluer l’ampleur du problème.
Qui est concerné et quelles implications pour la médecine
Les personnes les plus exposées vivent principalement dans des pays à revenu faible ou intermédiaire, notamment en Asie du Sud-Est et en Afrique subsaharienne. La malnutrition en cause correspond à des carences prolongées en calories et en protéines, souvent dès la grossesse. Toutefois, des cas peuvent aussi apparaître en Europe, chez des migrants ou réfugiés ayant grandi dans ces contextes.
Pour la prise en charge, la FID recommande deux axes : un soutien nutritionnel adapté et un traitement du diabète spécifique à cette forme de déficit en insuline. Cependant, l’accès à ces soins reste difficile dans les régions les plus touchées. Craig Beall, chercheur à l’Université d’Exeter, insiste sur l’importance de cette reconnaissance : « La reconnaissance du diabète lié à la malnutrition comme type 5 va favoriser les échanges et améliorer la compréhension globale, surtout dans les pays à faible revenu. »






