Un prix Nobel de chimie explique pourquoi nos organes peuvent être donnés après la mort
Selon Venki Ramakrishnan, prix Nobel de chimie en 2009, la mort ne se traduit pas par un arrêt brutal de toutes les fonctions du corps. L’important biologiste indo-britannique, reconnu pour ses travaux sur le ribosome, souligne que la plupart des cellules restent actives pendant un certain temps après le décès.
Ce phénomène, appelé le paradoxe des « cellules vivantes après la mort », explique pourquoi il est possible de prélever et de greffer des organes sans remettre en question la réalité du décès. Lorsqu’une personne décède, le corps ne cesse pas immédiatement d’être vivant au niveau cellulaire. Certaines cellules continuent à fonctionner encore pendant un certain temps.
Venki Ramakrishnan résume le processus de vieillissement comme une accumulation de dommages dans l’ADN et une perte de contrôle dans la production et le recyclage des protéines. Sur la BBC, il précise que « une des causes du vieillissement est l’accumulation de dommages dans les gènes de l’ADN » et que « les protéines chargent des milliers de réactions chimiques essentielles à la vie ». Au fil du temps, ces mécanismes se dérèglent peu à peu. Lors de la mort, l’organisme ne fonctionne plus comme un tout coordonné, mais des îlots de cellules vivantes peuvent subsister, ce qui soulève des questions et des espoirs pour le don d’organes.
Ce que Venki Ramakrishnan entend par cellules encore vivantes
Lauréat du prix Nobel de chimie en 2009, aux côtés de Thomas Steitz et Ada Yonath, Venki Ramakrishnan a décrit le ribosome comme une véritable « usine à protéines » qui assemble les acides aminés pour fabriquer toutes les protéines de nos cellules. Lorsque cette machinerie se dérègle, le corps perd peu à peu sa capacité à maintenir son équilibre, jusqu’à l’arrêt complet de la vie à l’échelle de l’organisme, même si certaines cellules restent actives.
Dans son livre Why We Die, publié le 19 mars 2024, il insiste sur le fait que la mort d’un individu ne signifie pas l’extinction immédiate de chaque cellule. Certaines « cellules vivantes après la mort » continuent d’avoir une activité minimale, malgré l’arrêt irréversible du cerveau ou de la circulation sanguine. La presse a résumé cela par la formule : « quand nous mourons, la plupart de nos cellules restent vivantes, c’est pourquoi nos organes peuvent être donnés ». Il ajoute également que « bien manger, bien dormir et faire de l’exercice » sont plus efficaces que n’importe quel médicament anti-âge disponible en pharmacie.
Pourquoi des organes restent greffables après le décès
La Déclaration de l’Association médicale mondiale définit la mort comme l’arrêt irréversible de la fonction circulatoire et respiratoire, ou la mort encéphalique, c’est-à-dire lorsque le cerveau ne fonctionne plus du tout. Cependant, il n’est pas nécessaire que chaque cellule soit morte pour constater le décès.
Dans les unités de réanimation, des équipes médicales utilisent parfois une circulation sanguine artificielle et une oxygénation mécanique pour préserver certains organes destinés à la greffe, même si le décès a été officiellement déclaré. Cela permet de maintenir la viabilité des organes pendant un certain temps.
Des recherches menées à l’Institut Pasteur ont montré que des cellules souches musculaires humaines pouvaient rester viables jusqu’à 17 jours après la mort, dans un état de dormance. De même, des cellules souches de la moelle osseuse chez la souris survivaient au moins 4 jours avant de reprendre une activité en culture. Ces résultats illustrent que tout ne s’arrête pas instantanément au niveau cellulaire. Cette mise en pause du métabolisme permet de conserver certains tissus utilisables pendant une période limitée, encadrée médicalement.
Don d’organes en France : ce que cela implique pour les patients
En France, le site officiel Service-public explique que le principe du don d’organes repose sur le consentement présumé. Cela signifie que toute personne majeure est considérée comme donneuse potentielle, sauf si elle s’est inscrite sur le registre national des refus. Le don est gratuit et anonyme, et le décès doit être constaté par des médecins qui ne participent ni aux prélèvements ni aux greffes.
Les prélèvements d’organes ont lieu soit après une mort encéphalique, soit après un arrêt cardiaque dans un cadre hospitalier très strict, décrit par les établissements comme l’Assistance publique–Hôpitaux de Marseille.
Trois points clés permettent de mieux comprendre la situation :
- La mort médicale correspond à l’arrêt irréversible de l’ensemble de l’organisme, pas à l’arrêt immédiat de chaque cellule.
- Certaines cellules vivantes après la mort conservent une réserve d’énergie, permettant de prélever des organes encore fonctionnels.
- Le cadre français prévoit un contrôle indépendant du constat de décès et des règles strictes de consentement, afin que ce potentiel biologique serve uniquement à sauver d’autres vies.






