La peste est une maladie très contagieuse, surtout dans sa forme pulmonaire. Peggy Cardin-Changizi, journaliste, a recueilli les explications d’Anne-Sophie Le Guern, pharmacien biologiste et responsable du Centre National de Référence (CNR) Peste et autres yersinioses à l’Institut Pasteur.
Historiquement, la peste a été responsable de plusieurs épidémies dévastatrices, notamment la célèbre peste noire au 14e siècle, qui a tué des millions de personnes en Europe. La dernière apparition de la maladie en France remonte à 1945. Selon Santé Publique France, la peste reste présente dans certains pays comme Madagascar, la République Démocratique du Congo, le Pérou, ainsi que rarement dans le sud-ouest des États-Unis ou en Chine. La déclaration d’un cas est obligatoire en France.
Qu’est-ce que la peste ?
La peste est causée par la bactérie Yersinia pestis. Elle se manifeste sous trois formes principales : la peste bubonique, la peste septicémique et la peste pulmonaire, explique Anne-Sophie Le Guern.
La peste bubonique est la forme la plus courante. Elle se caractérise par l’enflure des ganglions lymphatiques, appelés bubons, situés souvent dans le cou, les aisselles ou l’aine. La transmission aux humains se fait généralement par la piqûre de puces infectées, qui ont piqué des rongeurs infectés comme les rats.
La peste septicémique est la forme la plus grave. Elle survient lorsque l’infection se propage dans le sang, pouvant résulter d’une peste bubonique non traitée ou d’une piqûre directe dans un vaisseau sanguin par une puce infectée.
La peste pulmonaire est la forme la plus contagieuse. Elle se transmet par les gouttelettes respiratoires émises lors de la toux d’une personne infectée. Elle peut évoluer rapidement, en un ou deux jours, vers la mort si elle n’est pas traitée.
Quelle est l’origine de la peste ?
La peste est une zoonose, c’est-à-dire une maladie qui se transmet de l’animal à l’homme. Elle provient principalement de rongeurs sauvages, qui sont les réservoirs naturels de Yersinia pestis. Les puces qui parasitent ces rongeurs jouent un rôle de vecteur, transmettant la bactérie aux humains lorsqu’elles piquent. La présence de rats est souvent associée à la maladie. D’autres petits mammifères comme les écureuils, les souris, les marmottes ou les chiens de prairie peuvent aussi être impliqués selon les régions.
Quels sont les symptômes ?
Les symptômes varient selon la forme de la maladie. En cas de suspicion, il est essentiel de consulter rapidement un médecin si vous avez été dans une zone où la peste circule ou si vous présentez certains signes.
Pour la peste bubonique :
- Fièvre soudaine et élevée
- Frissons
- Maux de tête
- Fatigue
- Courbatures
- Enflure douloureuse des ganglions lymphatiques, appelés bubons, souvent dans le cou, les aisselles ou l’aine
Pour la peste septicémique :
- Fièvre
- Faiblesse
- Douleurs abdominales
- Vomissements
- Diarrhées
- Défaillance multiviscérale
Pour la peste pulmonaire :
- Fièvre élevée
- Frissons
- Maux de tête
- Fatigue
- Douleurs musculaires
- Toux sévère, souvent avec des expectorations sanglantes
- Essoufflement
- Douleurs thoraciques
Il est vital de consulter un professionnel de santé en cas de symptômes, surtout pour la forme pulmonaire, qui peut être rapidement mortelle sans traitement.
Quelle est la période d’incubation ?
La durée d’incubation varie selon la forme :
- La peste bubonique : entre 3 et 7 jours avant l’apparition des symptômes.
- La peste pulmonaire : très courte, entre 1 et 2 jours, avec une évolution rapide vers la mort en 2 ou 3 jours si non traitée.
- La peste septicémique : quelques heures seulement, toujours fatale si elle n’est pas traitée rapidement.
Comment se transmet la peste ?
La forme pulmonaire est la plus contagieuse. Elle se transmet principalement par les gouttelettes respiratoires émises lors de la toux d’une personne infectée. Cela peut entraîner des épidémies si la maladie n’est pas rapidement prise en charge. La transmission d’une personne à l’autre est moins fréquente dans les autres formes, mais reste possible en cas de contact étroit avec un malade.
Comment diagnostiquer la peste ?
Le diagnostic repose sur l’observation des symptômes (fièvre, ganglions enflés, frissons), les antécédents de voyage, et des tests en laboratoire. Ces tests incluent la culture bactérienne, la PCR et la sérologie. En cas de suspicion de peste pulmonaire, des radiographies thoraciques peuvent être réalisées pour évaluer l’état des poumons.
Quels traitements ?
La peste se traite principalement avec des antibiotiques. Le choix dépend de la forme et de la gravité de la maladie. Il est important de commencer le traitement rapidement, sans attendre la confirmation, si la peste est fortement suspectée. Les antibiotiques couramment utilisés sont la ciprofloxacine, la lévofloxacine, la doxycycline, la gentamicine ou la streptomycine. La forme pulmonaire nécessite souvent des mesures d’isolement pour éviter la transmission.
Un traitement symptomatique et un suivi médical peuvent également être nécessaires pour gérer les complications. Les patients atteints de peste, en particulier la forme pulmonaire, doivent être surveillés de près et hospitalisés si besoin.
Peut-on guérir ?
Oui, si la maladie est détectée et traitée rapidement avec des antibiotiques, la guérison est possible. Sans traitement, en particulier dans les formes pulmonaire ou septicémique, la maladie peut évoluer rapidement vers la mort.
Existe-t-il un vaccin contre la peste ?
Actuellement, il n’existe pas de vaccin disponible pour le public en France. La recherche continue dans ce domaine, mais la prévention repose principalement sur la surveillance des rongeurs, la lutte contre les puces, et la prise en charge rapide des cas avec des antibiotiques.






