Des biomarqueurs dans le sang et l’urine pour détecter la consommation d’aliments ultra-transformés
Les aliments ultra-transformés laissent une empreinte chimique identifiable dans notre corps. Grâce à des molécules mesurables dans le sang et les urines, il est désormais possible d’évaluer la proportion de ces produits dans notre alimentation. C’est ce que révèle une étude du National Cancer Institute, dirigée par l’épidémiologiste Erikka Loftfield, publiée le 20 mai 2025 dans la revue PLOS Medicine.
Ces biomarqueurs, regroupant des dizaines de petites molécules appelées métabolites, varient selon que l’on consomme beaucoup ou peu de produits industriels. Après avoir été identifiés dans une large cohorte, ces marqueurs ont été vérifiés dans un essai contrôlé mené par les National Institutes of Health (NIH) aux États-Unis. Ils transforment l’évaluation de la « malbouffe » en données chiffrées et soulèvent une nouvelle question : jusqu’où peut-on suivre objectivement ce que nous mangeons ?
Pourquoi les aliments ultra-transformés suscitent-ils autant d’inquiétude ?
En 2010, le chercheur brésilien Carlos Monteiro a proposé la classification NOVA, qui divise les aliments en quatre groupes. Les aliments ultra-transformés correspondent au groupe 4 : ce sont des produits très modifiés par l’industrie, souvent riches en sucres, en graisses ou en sel, et contenant de nombreux additifs comme des arômes, colorants ou émulsifiants. Cette classification est encore débattue par certains nutritionnistes, car elle ne se concentre pas uniquement sur la composition nutritive, mais sur le degré de transformation industrielle.
En France, ces produits représentent environ un tiers des calories quotidiennes. Aux États-Unis, cette proportion dépasse la moitié. Plusieurs études de cohorte ont montré qu’une alimentation très riche en aliments ultra-transformés est associée à un risque accru d’obésité, de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires et de certains cancers. Ces données expliquent l’intérêt de disposer de marqueurs objectifs pour mesurer cette exposition.
Comment le sang et l’urine permettent-ils de mesurer la consommation d’ultra-transformés ?
Dans une étude menée sur la cohorte américaine IDATA, plus de 1 000 adultes âgés de 50 à 74 ans ont été suivis durant un an. Parmi eux, 718 ont fourni plusieurs échantillons de sang et d’urine, tout en rapportant régulièrement leur alimentation. En moyenne, ces participants consommaient environ 50 % de leur énergie quotidienne à partir d’aliments ultra-transformés.
Les chercheurs ont utilisé la métabolomique pour analyser ces échantillons. Ils ont identifié près de 200 métabolites présents dans le sang et environ 300 dans les urines, liés à la consommation d’ultra-transformés.
Un algorithme a permis de sélectionner les combinaisons de ces molécules les plus représentatives. Il a créé deux scores, l’un basé sur 28 métabolites sanguins, l’autre sur 33 urinaires, capables d’estimer la proportion d’ultra-transformés dans le régime alimentaire. Ces scores ont été validés chez 20 volontaires du NIH, qui ont été nourris deux semaines avec un régime composé à 80 % d’ultra-transformés, puis deux semaines sans ces produits.
Ce que révèlent ces nouveaux biomarqueurs
Un score métabolique élevé indique une consommation importante d’aliments ultra-transformés. Certains métabolites diminuent chez les gros consommateurs, comme un acide aminé d’origine végétale, témoignant d’une moindre consommation de légumes. D’autres augmentent, notamment un produit de glycation avancée, associé au diabète de type 2.
Les chercheurs ont aussi détecté dans les urines du levoglucosan, une molécule issue de la cellulose utilisée dans certains emballages, signe que le conditionnement des aliments laisse aussi une trace dans l’organisme. Pour l’instant, ces signatures restent limitées à la recherche et ne sont pas proposées comme examen courant. Selon l’expert en nutrition Dariush Mozaffarian, cette avancée scientifique majeure permet de mieux comprendre comment les ultra-transformés nuisent à la santé. Elle rappelle aussi l’importance de privilégier les aliments bruts ou peu transformés dans notre alimentation quotidienne.






