La France affiche le taux d’incidence de cancers le plus élevé au monde. Selon une étude de 2023, il y a 389 cas pour 100 000 habitants, ce qui place la France aux côtés de Monaco parmi les pays ayant le plus grand nombre de cancers déclarés par habitant sur une période donnée.
Si les maladies cardiovasculaires restent la principale cause de mortalité, certains types de cancers connaissent une explosion chez les moins de 50 ans. C’est notamment le cas du cancer colorectal. Selon les spécialistes, cette hausse ne s’explique plus uniquement par des facteurs traditionnels comme le tabac, la consommation d’alcool ou le surpoids.
Plusieurs oncologues mettent en avant un facteur de risque modifiable, souvent absent des discussions médicales : le sommeil. Ce facteur discret jouerait un rôle crucial chaque nuit, dans notre lit.
Selon le Dr Brian Helfand, oncologue urologue chez Endeavor Health, reconnaître que la mauvaise qualité du sommeil constitue un risque permettrait de mieux comprendre le cancer et de sortir d’une vision purement aléatoire de cette maladie.
Pourquoi le mauvais sommeil est-il un facteur de risque majeur ?
Les experts expliquent que le sommeil ne doit plus être considéré comme un simple confort. « Il est de plus en plus reconnu que la qualité du sommeil influence le risque de cancer », indique le Dr Helfand.
En France, environ un tiers des adultes dort moins de sept heures par nuit. Une étude publiée dans Public Health a suivi plus de 300 000 personnes. Les résultats montrent que ceux qui ont un sommeil de qualité et un mode de vie sain ont un risque réduit de développer un cancer, qu’il soit général ou spécifique.
Les nuits courtes ou fragmentées dérèglent l’horloge biologique. Cela entraîne une augmentation des hormones du stress, une prise de poids, et une surveillance moins efficace des cellules anormales par l’organisme.
Un autre aspect clé est hormonal. La nuit, la mélatonine joue un rôle dans la synchronisation des rythmes du corps et pourrait participer à la réparation de l’ADN. « Les troubles du sommeil peuvent diminuer ou bloquer la libération de mélatonine, empêchant son action antitumorale », avertit la Dr Alison Stopeck, du Stony Brook Cancer Center.
Le manque de sommeil peut favoriser l’inflammation et affaiblir le système immunitaire
Notre corps a besoin d’un certain niveau d’inflammation pour guérir. Mais une inflammation excessive peut augmenter le risque de cancer, comme le soulignent les spécialistes. « Un manque chronique de sommeil accroît l’inflammation dans l’organisme », explique le Dr Helfand.
Il précise que si l’inflammation est utile à court terme, par exemple lors de la cicatrisation, une inflammation prolongée peut endommager les tissus sains et favoriser la formation de cellules cancéreuses.
Par ailleurs, une mauvaise qualité de sommeil affaiblit le système immunitaire. « Sans un sommeil réparateur, le système immunitaire devient moins efficace. Les cellules nocives peuvent alors persister plus longtemps et évoluer en cellules cancéreuses », indique le médecin.
Comment améliorer son sommeil pour réduire ce risque ?
La question est : que faire au quotidien pour mieux dormir ? Le Dr Kathryn M. Eckert recommande de limiter la consommation d’alcool en soirée, car cela nuit au sommeil profond. Elle conseille aussi de respecter des horaires réguliers pour se coucher et se réveiller.
Il est également important d’éviter les écrans avant de dormir, de maintenir une chambre sombre et fraîche, et de consulter en cas de ronflements importants ou de somnolence durant la journée. Ces signes peuvent indiquer une apnée du sommeil, un problème à dépister rapidement.






