Une étude publiée dans la revue Nature révèle que chez certains adultes souffrant de dépression, un réseau cérébral est en moyenne 73 % plus étendu que chez des individus en bonne santé. Ce réseau, qui joue un rôle dans la sélection des informations importantes ou récompensantes, peut occuper presque le double de surface corticale chez certains patients. Cela remet en question nos idées préconçues sur la manière dont la dépression affecte le cerveau.
Dirigés par Charles Lynch et Conor Liston au Weill Cornell Medicine, les chercheurs ont montré que ce réseau, appelé le réseau de saillance frontostriatal, reste élargi dans le temps. Il est également présent chez certains enfants avant leur premier épisode dépressif. Autrement dit, cette particularité n’est pas simplement une conséquence passagère d’une crise, mais une signature cérébrale durable. Elle pourrait à l’avenir permettre de proposer des traitements plus personnalisés.
Un réseau de saillance presque deux fois plus développé chez les dépressifs
Pour comprendre cette différence, l’équipe a utilisé une cartographie fonctionnelle précise grâce à une IRM fonctionnelle répétée pendant plus de 10 heures par personne. Les six premiers patients atteints de dépression majeure ont passé en moyenne 621 minutes en scanner, réparties sur 22 séances, en comparaison avec 37 volontaires en bonne santé. Selon Charles Lynch, la dépression étant un trouble épisodique, la plupart des études d’imagerie ne réalisent qu’un seul scanner, ce qui limite la compréhension de ses effets à un moment donné.
En analysant finement chaque cerveau, les chercheurs ont constaté que ce réseau occupait en moyenne 5,49 % de la surface corticale chez les personnes dépressives, contre 3,17 % chez les témoins, soit une différence d’environ 73 %. Chez quatre des six premiers patients, le réseau était plus de deux fois plus large que chez les volontaires sains, principalement dans le cortex cingulaire antérieur et le cortex insulaire, deux régions clés pour les émotions et la motivation.
Le rôle du réseau de saillance dans la dépression
Ce réseau relie notamment le cortex cingulaire antérieur, l’insula antérieure et des noyaux profonds comme le striatum. Il agit comme un chef d’orchestre, décidant quels signaux internes ou externes méritent notre attention. Lorsqu’il est hypertrophié et connecté différemment, certains signaux de menace ou de perte dominent, tandis que les circuits de récompense sont moins actifs. Cela peut expliquer l’anhédonie (manque de plaisir) et l’anxiété caractéristiques de la dépression.
Les chercheurs ont aussi observé que cette expansion du réseau de saillance prend de l’ampleur au détriment d’autres réseaux cérébraux. Parmi eux, le réseau du mode par défaut, impliqué dans la rumination et la pensée intérieure, ou encore le réseau frontopariétal, lié à la concentration. Chez des centaines d’adultes et dans une étude menée chez des enfants de 10 à 12 ans, cette augmentation de la surface du réseau de saillance reste stable dans le temps, même lorsque les symptômes s’améliorent.
Perspectives cliniques
Actuellement, il n’existe pas de méthode de dépistage par scanner pour la dépression. Cependant, ces résultats ouvrent la voie à des traitements plus ciblés, tels que la stimulation cérébrale, pour moduler ce réseau spécifique.






