Parkinson : des bactéries intestinales liées aux premiers stades de la maladie
La maladie de Parkinson ne se limite pas aux tremblements. Selon deux études internationales, des signaux précoces pourraient être détectés dans la composition des bactéries présentes dans l’intestin et la bouche. Ces recherches, publiées en 2026 dans les revues Nature Medicine et Gut Microbes, mettent en évidence une signature spécifique du microbiote pouvant indiquer le début de la maladie.
Dans une cohorte suivie par l’University College London et l’Institut français INRAE, certains profils bactériens permettent déjà d’identifier des porteurs du gène GBA1, associé à un risque élevé de Parkinson. Ces individus, sans symptômes moteurs, présentent déjà des modifications de leur microbiote. Par ailleurs, des chercheurs du King’s College London ont observé que la présence de bactéries buccales nocives dans l’intestin est liée à un déclin de la mémoire chez des patients atteints de Parkinson. Ces avancées soulèvent la possibilité d’un dépistage précoce via des prélèvements de selles ou de salive, même si cette méthode n’est pas encore utilisée en clinique.
Une hypothèse : tout commence dans l’intestin
La maladie de Parkinson est une pathologie neurodégénérative progressive. Elle provoque des tremblements, une lenteur des mouvements, ainsi que des troubles du sommeil ou de l’humeur. Avant l’apparition de ces symptômes moteurs, certains patients souffrent de constipation, de douleurs abdominales ou de perte d’odorat.
Le microbiote intestinal, c’est-à-dire l’ensemble des bactéries qui colonisent le tube digestif, communique avec le cerveau via l’axe intestin-cerveau. Ce dialogue passe par le nerf vague, le système immunitaire et des molécules produites par ces micro-organismes. Pour environ un tiers des patients, la maladie évoluera vers une démence. Comprendre ce lien entre microbiote et cerveau est donc essentiel pour mieux diagnostiquer et traiter la maladie.
Une signature bactérienne détectable avant l’apparition des symptômes
Une étude internationale, publiée en 2026 dans Nature Medicine, a analysé le microbiome de 464 personnes en Italie et au Royaume-Uni : 271 patients atteints de Parkinson, 150 témoins sains et 43 porteurs asymptomatiques du gène GBA1, connu pour augmenter considérablement le risque de la maladie.
Les chercheurs ont identifié 176 espèces bactériennes différentes entre malades et témoins. Parmi celles-ci, 142 étaient déjà altérées chez les porteurs GBA1 sans symptômes moteurs. Leur profil bactérien était intermédiaire, comme une étape préclinique. Ces perturbations étaient environ quinze fois plus marquées aux stades avancés de la maladie. Ces signatures ont également été retrouvées dans des cohortes en Corée, en Turquie et aux États-Unis, avec un total de 638 patients et 319 témoins.
Les participants suivant un régime méditerranéen présentaient un microbiote plus équilibré et des symptômes plus légers. Cela laisse entrevoir la possibilité de développer un test de selles comme biomarqueur de risque, même si cette méthode n’est pas encore utilisée pour diagnostiquer la maladie de manière courante.
Microbiote buccal, intelligence artificielle et déclin cognitif
Une autre étude menée par le Quantitative Systems Biology Lab du King’s College London s’est concentrée sur le microbiote buccal et intestinal de patients atteints de Parkinson. Elle a analysé 228 échantillons de selles et de salive provenant de 41 patients souffrant de troubles cognitifs légers, 47 patients avec démence et 26 témoins.
Les résultats montrent que l’intestin des patients ayant une mémoire défaillante contenait plus de bactéries nocives provenant de la bouche. Ces bactéries peuvent libérer des toxines qui endommagent la paroi digestive et favorisent l’inflammation. Selon Saeed Shoaie, responsable du laboratoire, cette étude indique que les communautés bactériennes de l’intestin et de la bouche seraient de plus en plus liées aux maladies neurodégénératives.
Grâce à l’intelligence artificielle, les chercheurs ont pu repérer des fonctions bactériennes invisibles avec les tests classiques. Ces toxines pourraient jouer un rôle dans le déclin de la mémoire et de l’apprentissage. Frederick Clasen précise que l’on ne sait pas encore si ces bactéries provoquent le déclin cognitif ou si leur développement résulte des changements liés à Parkinson. Cependant, ils pourraient servir de marqueurs pour identifier les patients à risque de démence ou de cibler de futurs traitements axés sur l’intestin.
Les chercheurs recommandent plusieurs mesures pour soutenir un microbiome équilibré :
- un brossage régulier et un suivi dentaire pour limiter les maladies des gencives ;
- une alimentation variée et riche en fibres, proche du régime méditerranéen ;
- une communication rapide avec un neurologue en cas de troubles digestifs ou de mémoire.






