Le cancer de l’estomac reste souvent discret dans le débat public, pourtant il est l’un des cancers les plus meurtriers. Selon une étude publiée en 2025 dans la revue Nature Medicine, réalisée par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC, OMS), il représente aujourd’hui la cinquième cause de décès par cancer dans le monde.
Ce qui est alarmant, c’est que la majorité des cas pourrait être évitée. En effet, une seule bactérie, Helicobacter pylori, est responsable de nombreux cancers gastriques. Les chercheurs estiment que si aucune action n’était menée, les personnes nées entre 2008 et 2017 pourraient accumuler environ 15,6 millions de nouveaux cas de cancer de l’estomac au cours de leur vie. Parmi eux, 76 % seraient liés à cette infection bactérienne. En clair, trois quarts des cas pourraient potentiellement être évités si cette bactérie était détectée et traitée à temps. Cependant, le paradoxe est que l’infection est souvent silencieuse, fréquente, et beaucoup de personnes ignorent qu’elles la portent.
Une augmentation attendue du nombre de cas à l’échelle mondiale
Les projections mondiales, basées sur les données GLOBOCAN 2022 du Global Cancer Observatory du CIRC, anticipent une hausse du nombre de cancers de l’estomac. En Asie, il pourrait y avoir 10,6 millions de cas, 2 millions en Amérique, et 1,7 million en Afrique. Notamment, en Afrique subsaharienne, le nombre de cas pourrait être jusqu’à six fois supérieur à celui de 2022, en raison de la croissance démographique.
En Europe, notamment en Allemagne, les chiffres indiquent que « environ trois quarts » des cancers de l’estomac seraient liés à Helicobacter pylori. En France, l’Institut national du cancer (INCa) estime que 20 à 50 % de la population pourrait être porteuse de cette bactérie, mais moins de 1 % développeront un cancer à cause de cette infection. L’Institut Pasteur recense environ 6 500 nouveaux cas chaque année dans le pays, avec une survie à cinq ans d’environ 15 à 20 %, soulignant l’importance de la prévention.
Helicobacter pylori : un facteur évitable
Helicobacter pylori est une bactérie qui colonise durablement la muqueuse de l’estomac. Elle peut, avec le temps, favoriser le développement d’un cancer gastrique. Selon l’INCa, l’infection survient souvent durant l’enfance, se transmet au sein des familles, et peut persister sans traitement. Elle provoque une inflammation chronique de l’estomac, appelée gastrite, qui peut évoluer vers des lésions précancéreuses comme l’atrophie de la muqueuse ou la métaplasie intestinale.
Le CIRC considère cette bactérie comme un cancérogène avéré pour l’homme (groupe 1). La bonne nouvelle, c’est qu’elle est ciblable : un traitement antibiotique associé à un inhibiteur de la pompe à proton peut généralement éradiquer Helicobacter pylori. Cela permet de réduire le risque de cancer chez les personnes infectées. Toutefois, en France, la résistance aux antibiotiques atteint environ 30 %, ce qui complique parfois le traitement et nécessite un suivi rigoureux pour vérifier l’éradication.
Quand consulter son médecin pour le dépistage
Plusieurs tests permettent de détecter Helicobacter pylori, comme le test respiratoire à l’urée marquée, la recherche d’antigènes dans les selles, ou la biopsie lors d’une gastroscopie. Cette dernière est l’examen clé pour visualiser directement la muqueuse de l’estomac, repérer d’éventuelles lésions précancéreuses ou un début de cancer, et effectuer des prélèvements.
Les recommandations des sociétés savantes, telles que la SFED ou l’INCa, préconisent un dépistage ciblé plutôt qu’un dépistage systématique de toute la population. Il est conseillé de consulter un médecin dans certains cas, notamment si :
- il existe des antécédents familiaux de cancer de l’estomac ou de lésions précancéreuses ;
- on souffre d’ulcère, de gastrite chronique ou de lymphome de type MALT ;
- des symptômes digestifs persistants apparaissent (douleurs, perte de poids, vomissements, anémie), surtout après 50 ans ;
- on a vécu dans des régions où la prévalence de l’infection est élevée ;
- une infection à Helicobacter pylori a été diagnostiquée sans suivi d’éradication.
Après le traitement, un test de contrôle est généralement recommandé pour confirmer la réussite de l’éradication. La prévention passe aussi par une alimentation équilibrée, la réduction du tabac et de l’alcool, ainsi que la limitation des aliments très salés.






