La fasciite nécrosante, souvent appelée « bactérie mangeuse de chair », est une infection grave qui dégrade rapidement les tissus profonds du corps. Elle nécessite une prise en charge médicale urgente.
Qu’est-ce que la bactérie mangeuse de chair ?
Ce terme désigne en réalité une infection appelée fasciite nécrosante. Elle se caractérise par une destruction rapide des tissus, pouvant évoluer en quelques heures. Plusieurs bactéries peuvent en être responsables, comme des streptocoques ou des entérobactéries, selon la localisation de l’infection.
Le professeur Nathan Peiffer-Smadja, médecin infectiologue à l’hôpital Bichat à Paris, explique que le streptocoque du groupe A, notamment le Streptococcus pyogenes, est souvent impliqué. Cette bactérie est également responsable d’infections moins graves comme l’érysipèle ou l’angine.
Que signifie l’expression « bactérie mangeuse de chair » ?
Cette expression ne signifie pas que les bactéries « mangent » réellement les tissus. Elle décrit plutôt la destruction très rapide des tissus lors d’une fasciite nécrosante. Lorsqu’un streptocoque du groupe A est en cause, certaines toxines produites par la bactérie peuvent entraîner une dégradation accélérée des tissus cutanés, sous-cutanés et musculaires, parfois en quelques heures.
Les bactéries présentes en France
En France, la majorité des cas de fasciite nécrosante sont liés au streptocoque du groupe A. D’autres bactéries, comme des entérobactéries issues du tube digestif, peuvent aussi en être la cause. Bien que rare, cette infection est sérieuse. Chaque année, quelques centaines de cas sont reportés, avec une mortalité notable malgré les traitements.
En France, les infections dues à Vibrio vulnificus sont anecdotiques, rassure l’infectiologue.
Les infections dues à Vibrio vulnificus
Une fasciite nécrosante peut aussi, très rarement, être causée par la bactérie Vibrio vulnificus, présente dans les eaux chaudes. Elle se développe surtout en été dans les zones côtières, comme les lagunes ou estuaires. La contamination se produit lors de baignades avec une plaie ouverte ou, plus rarement, après la consommation de fruits de mer crus contaminés.
Aux États-Unis, on recense entre 150 et 200 cas annuels liés à cette bactérie. En France, ces infections restent anecdotiques, selon l’infectiologue.
Conseils pour profiter de la mer en toute sécurité
Faire cuire soigneusement coquillages et crustacés.
Éviter de se baigner avec des plaies ouvertes.
Rincer et protéger toute coupure après la baignade.
(Source : ECDC)
Les causes de cette infection
Une fasciite nécrosante se développe lorsqu’une porte d’entrée est présente, comme une plaie. Cela peut résulter d’une morsure, d’une piqûre d’insecte, ou d’une lésion cutanée, comme un intertrigo ou un bouton de varicelle. Il est essentiel de désinfecter et de surveiller ces plaies.
Les personnes à risque
Certaines personnes ont un risque plus élevé de développer une fasciite nécrosante :
- Les diabétiques avec des plaies aux pieds
- Les usagers de drogues par voie intraveineuse
- Les personnes en situation d’obésité, dont la peau facilite la macération
- Les personnes souffrant d’insuffisance cardiaque, pulmonaire ou rénale
- Les personnes immunodéprimées, pour diverses raisons
Mode de transmission
La bactérie peut se transmettre si l’on est en contact avec une personne atteinte de fasciite nécrosante, bien que la maladie ne se transmet pas directement. Une infection à streptocoque du groupe A peut aussi entraîner une angine ou la scarlatine chez l’enfant.
Évolution de l’infection
La fasciite nécrosante évolue très rapidement. En quelques heures, l’infection peut s’étendre aux tissus voisins. Sans traitement, elle peut s’aggraver en 24 à 48 heures, provoquant un choc septique, voire la mort.
Elle commence par détruire la peau, puis touche le tissu adipeux, puis les fascias, et enfin le muscle en cas de forme sévère. La dissémination peut entraîner un état de choc avec défaillance multi-organes.
Les risques liés à cette infection
Un retard dans le diagnostic peut conduire à des complications graves, telles que des amputations ou une mise en réanimation. Malgré une intervention rapide, la mortalité est estimée à environ 20 %.
Les premiers symptômes à surveiller
Les signes d’alerte incluent :
- Une coloration violacée autour de la plaie
- Une douleur intense
- Une fièvre
- Une zone de peau dure ou cartonneuse, où les fibres nerveuses sont détruites
- Une sensation de « neige » sous la peau, due à la production d’air par les bactéries
Une rougeur qui s’étend rapidement ou la présence de nécrose (tissu noirâtre) indiquent une infection avancée. En cas de signes graves, une consultation immédiate est indispensable.
Un état général altéré (confusion, tachycardie, difficultés respiratoires) chez une personne infectée doit aussi alerter.
Comment traiter cette infection
Le traitement médical consiste en une intervention chirurgicale en urgence pour retirer les tissus nécrosés. Dans les cas graves, une amputation peut devenir nécessaire. Une antibiothérapie est également administrée, et une prise en charge en réanimation peut être requise si l’infection se propage dans le sang. Chaque minute compte, d’où l’importance de consulter rapidement dès les premiers signes.
Prévention
Pour réduire le risque d’infection, il est conseillé de :
- Bien nettoyer et désinfecter les plaies, surtout si elles sont souillées
- Les protéger avec un pansement propre, à changer chaque jour
- Éviter d’appliquer des crèmes ou antibiotiques sans avis médical
- Vérifier que la plaie guérit bien ; si elle s’étend ou devient douloureuse, consulter rapidement
Les plaies nécessitant des soins réguliers, notamment chez les diabétiques, doivent faire l’objet d’une attention particulière. En cas de morsure animale, une consultation médicale est recommandée.






