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Difficulté à avaler : un signe invisible de maladies graves

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Une difficulté à avaler, un signe souvent ignoré

De nombreuses personnes vivent des épisodes de difficulté à avaler sans s’en inquiéter. Elles peuvent ressentir qu’un morceau de viande reste coincé ou que « ça ne passe pas », ou encore boire une grande gorgée d’eau à chaque repas pour faire descendre les aliments. Cette sensation, appelée dysphagie, peut sembler bénigne, mais elle peut aussi être le signe d’une maladie inflammatoire de l’œsophage appelée œsophagite à éosinophiles, qui connaît une forte augmentation.

Une maladie encore peu connue en France

Cette pathologie chronique, encore peu repérée en France, devient une des principales causes de blocages alimentaires chez les jeunes et les enfants. Elle se manifeste souvent par de « mini étouffements » répétés ou un reflux qui ne répond plus aux traitements habituels. Tant que les symptômes restent supportables, beaucoup ne consultent pas, ce qui retarde le diagnostic et permet à l’inflammation d’endommager l’œsophage en silence.

Les signes d’alerte à ne pas ignorer

La dysphagie se traduit par une sensation que la nourriture ne passe pas bien, qu’elle accroche ou se bloque dans la poitrine. Chez certains, cela peut aller jusqu’à une impaction alimentaire, où le bol est réellement coincé, nécessitant parfois une intervention en urgence. Carlos Solas, 35 ans, a vécu ses premiers blocages en 2009. Il raconte qu’un jour, en mangeant chez lui, il s’est étouffé. En six mois, il a perdu 20 kilos. Malgré cela, il a été rassuré en étant dit qu’il n’avait rien de grave, simplement de l’anxiété.

Un symptôme fréquent chez les jeunes et les adultes

Chez l’adolescent et l’adulte, cette gêne persistante lors de la déglutition est un symptôme typique de l’œsophagite à éosinophiles. Selon le Manuel Merck, il s’agit d’une inflammation chronique de l’œsophage d’origine immuno-allergique. Les patients ont souvent un terrain d’atopie, c’est-à-dire qu’ils souffrent d’asthme, de rhinite allergique ou d’eczéma. La recommandation des spécialistes est claire : si une difficulté à faire passer les aliments, des étouffements répétés ou un reflux qui ne répond pas aux traitements surviennent chez des jeunes allergiques, cela doit faire suspecter une œsophagite à éosinophiles.

Une maladie en forte progression

Selon la Société Espagnole d’Alergologie et d’Immunologie Clinique, environ 1 personne sur 1 000 serait concernée par cette maladie, avec un retard de diagnostic moyen de 4 à 6 ans. Les cas ont augmenté de façon notable au cours des vingt dernières années. Cette progression est liée à de meilleurs diagnostics, mais aussi à des changements environnementaux et alimentaires dans le mode de vie occidental, qui favorisent des réponses immunitaires anormales à certains aliments et allergènes.

Comment se diagnostique cette maladie

L’œsophagite à éosinophiles se caractérise par une infiltration importante d’éosinophiles, un type de globules blancs impliqué dans l’allergie, dans la paroi de l’œsophage. Le diagnostic repose sur une endoscopie avec biopsies. La recommandation française précise qu’un seuil d’au moins 15 éosinophiles par champ microscopique doit être atteint pour confirmer la maladie. Si l’œsophage reste inflammé, il peut se rigidifier, se rétrécir et former des sténoses, rendant chaque repas plus difficile. Beaucoup de patients adaptent leur alimentation sans s’en rendre compte, en mâchant plus longtemps, en évitant la viande, ou en limitant leurs sorties au restaurant. La maladie peut aussi avoir un impact psychologique important, comme le témoigne Carlos, qui a suivi une thérapie pendant plusieurs années.

Les traitements et leur impact sur le quotidien

En cas de blocages répétés, de perte de poids inexpliquée ou de reflux résistant aux médicaments, un médecin peut prescrire une endoscopie digestive haute. Même si la muqueuse semble normale à l’œil nu, des prélèvements sont nécessaires pour confirmer le diagnostic. Ce geste, souvent réalisé en ambulatoire, permet aux patients de mettre enfin un nom sur leurs symptômes et de mieux comprendre leur maladie.

Le traitement combine plusieurs stratégies. Les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), couramment utilisés contre le reflux, soulagent environ 70 % des patients et permettent une rémission histologique dans la moitié des cas. Des corticoïdes locaux, en spray ou en préparation à avaler, réduisent l’inflammation. Des régimes d’éviction, menés avec un allergologue et un nutritionniste, consistent à retirer puis à réintroduire certains aliments, souvent le blé ou le lait. En cas de sténose, une dilatation œsophagienne peut être nécessaire, comme pour Carlos, qui en a subi plusieurs. Enfin, des biothérapies, comme le dupilumab, commencent à être utilisées dans les formes graves, même si leur accès reste parfois difficile.

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