Des biomarqueurs sanguins communs chez les centenaires qui ouvrent la voie à de futurs traitements anti-âge
Aujourd’hui, atteindre 100 ans n’est plus une exception. Les centenaires représentent la tranche d’âge à la croissance la plus rapide. Depuis 1950, leur nombre a doublé tous les dix ans, et d’ici 2050, il devrait augmenter de cinq fois. Pour comprendre ce qui permet à certains de vivre aussi longtemps, les chercheurs s’intéressent de près aux biomarqueurs sanguins de cette population.
Deux grandes études, la cohorte AMORIS en Suède menée par le Karolinska Institutet, et l’étude SWISS100 réalisée par l’Université de Genève et l’Université de Lausanne, ont montré qu’un simple bilan biologique révèle une signature particulière. En examinant des paramètres comme le glucose, la créatinine, l’acide urique, ou encore les protéines liées à l’inflammation ou au métabolisme des graisses, ils ont constaté que ces profils apparaissent dès la soixantaine chez ceux qui atteignent 100 ans. Ces marqueurs de routine pourraient devenir des pistes pour de futurs traitements anti-âge, même si aucun ne permet encore de prévoir avec certitude qui vivra aussi longtemps.
Pourquoi les biomarqueurs sanguins des centenaires fascinent
Un biomarqueur sanguin est un indicateur mesuré dans une prise de sang classique. Il reflète le fonctionnement d’un organe ou l’état d’un processus, comme l’inflammation. Les études en géro‑science, qui s’intéressent aux mécanismes du vieillissement, suggèrent que le profil sanguin des centenaires se distingue bien avant qu’ils ne deviennent très âgés. Ces individus ont souvent moins de hospitalisations, leur mémoire est mieux préservée, et leurs paramètres biologiques restent généralement dans une zone “normale” plutôt que dans des extrêmes.
AMORIS : 44 000 prises de sang pour décrypter la longévité
Dans l’étude AMORIS, publiée dans la revue GeroScience, près de 44 000 Suédois âgés de 64 à 99 ans ont été suivis pendant 35 ans. Parmi eux, 1 224 personnes ont atteint 100 ans, soit 2,7 %, avec une majorité de femmes (85 %). Les chercheurs ont analysé 12 biomarqueurs courants, comme la glycémie, le cholestérol, la créatinine, ou encore l’acide urique. La majorité de ces marqueurs étaient liés à la probabilité d’atteindre 100 ans. Par exemple, ceux qui avaient une glycémie, une créatinine ou un acide urique plus faibles à la soixantaine avaient plus de chances de vivre longtemps. À l’inverse, des valeurs élevées dans ces paramètres diminuaient considérablement cette probabilité. Par exemple, seulement 1,5 % des personnes avec des valeurs très élevées d’acide urique ont atteint 100 ans, contre 4 % dans le groupe avec les valeurs les plus basses.
Des profils sanguins “jeunes” qui inspirent les traitements anti‑âge
Une autre étude, SWISS100, a apporté une nouvelle pièce au puzzle. Elle a analysé 39 centenaires (de 100 à 105 ans), 59 octogénaires et 40 adultes de 30 à 60 ans. Les chercheurs ont mesuré 724 protéines dans le sang. Ils ont découvert que chez les centenaires, 37 protéines restaient proches de celles des jeunes adultes, représentant environ 5 % du panel total. Ces individus présentaient aussi des niveaux plus faibles d’oxydo‑stress et une cytokine pro‑inflammatoire, l’IL‑1α, moins présente. D’autres protéines liées au métabolisme des lipides, des glucides et à la matrice extracellulaire semblaient également protégées du vieillissement. Des travaux similaires menés en Chine ou sur des cohortes de près de 5 000 personnes, âgées de 18 à 110 ans, ont également identifié des signatures spécifiques en acides gras essentiels et en métabolites circulants chez les très grands vieillards.
Pour les chercheurs en longévité, ces biomarqueurs représentent des cibles potentielles. Réduire l’inflammation chronique, préserver la fonction rénale et hépatique, ou encore maintenir un profil lipidique “jeune” pourraient devenir des axes de développement de traitements anti‑âge. Des modèles utilisant l’intelligence artificielle tentent déjà de combiner ces marqueurs pour créer des “horloges de longévité”. Cependant, il ne s’agit encore que de corrélations, sans seuil précis. Une certitude : la plupart de ces indicateurs (glycémie, créatinine, enzymes hépatiques, cholestérol, acide urique) font déjà partie des analyses sanguines courantes. Leur interprétation par un médecin peut aider à maintenir ces valeurs dans une fourchette saine, sans nécessairement recourir à des tests spécifiques pour les centenaires.






