Une nouvelle étude remet en question l’utilisation de certains médicaments chez les personnes atteintes de démence. Parmi ces médicaments, on trouve des antidépresseurs comme la sertraline, le citalopram ou la fluoxétine, souvent prescrits pour traiter l’anxiété ou la dépression. Les chercheurs de la Queen’s University de Belfast ont analysé les données pour évaluer leur impact sur la mortalité.
La démence touche plus de 55 millions de personnes dans le monde, avec 10 millions de nouveaux cas chaque année. Ces patients présentent souvent plusieurs pathologies, notamment des troubles anxieux. Selon l’étude, la prescription d’antidépresseurs pourrait augmenter le risque de décès chez ces patients vulnérables.
Une étude menée sur 30 000 personnes atteintes de démence
Les chercheurs ont suivi près de 30 000 personnes vivant avec une démence en Irlande du Nord, entre 2012 et 2020. Pendant cette période, environ la moitié d’entre elles sont décédées. En comparant leurs dossiers médicaux, ils ont constaté que 59,2 % des personnes décédées avaient reçu au moins un antidépresseur, contre 54,7 % de celles qui étaient encore en vie. Cela correspond à une augmentation modérée du risque de mortalité d’environ 8 %.
Les chercheurs ont également étudié l’effet des anxiolytiques, souvent des benzodiazépines. Leur utilisation a été associée à une hausse plus importante du risque de décès, estimée à environ 26 %.
Les recommandations des experts
Pour la Dre Catherine Sinnamon, principale auteure de l’étude, ces résultats soulignent l’importance de prescrire ces médicaments avec prudence chez les personnes atteintes de démence. Elle insiste aussi sur la nécessité de revoir régulièrement les traitements pour s’assurer qu’ils restent adaptés et nécessaires.
Pourquoi ces traitements peuvent être dangereux pour les patients fragiles
Avec l’âge, le cerveau supporte moins bien les médicaments qui agissent sur l’humeur ou l’anxiété. La sédation, les chutes, la confusion, ou encore les interactions avec d’autres traitements, comme ceux pour le cœur ou le diabète, peuvent aggraver l’état général des patients. En France, la Haute Autorité de Santé souligne une consommation élevée de psychotropes chez les personnes âgées. Elle met en garde contre les prescriptions prolongées, qui peuvent entraîner une mortalité évitable, surtout en cas d’utilisation combinée de plusieurs médicaments.
Des études dans d’autres pays confirment ces risques. En Suède, chez près de 19 000 personnes atteintes de démence, la prise d’antidépresseurs comme la sertraline ou le citalopram a été liée à un déclin cognitif accéléré, à plus de fractures, et à une mortalité plus élevée.
Source : Antidepressant and anxiolytic medication use and mortality risk in people with dementia in Northern Ireland: a nested case-control study, Queen’s University Belfast, février 2026.






