Une thérapie génique pour l’audition qui donne des résultats rapides
Une nouvelle approche de thérapie génique, ciblant la surdité liée au gène OTOF, a montré des résultats prometteurs en Chine. Présentée par le Karolinska Institutet, cette méthode permet à des personnes nées sourdes d’entendre en quelques semaines, après une seule injection dans l’oreille interne. Chez une fillette de 7 ans, l’amélioration a été telle qu’elle pouvait discuter avec sa mère quatre mois après l’intervention. Ces résultats ont été publiés dans la revue Nature Medicine.
Une solution pour une forme rare de surdité congénitale
Cette thérapie cible une forme rare de surdité congénitale appelée DFNB9, causée par des mutations du gène OTOF. Lors de l’essai, 10 participants, allant de l’âge de 1,5 à 23,9 ans, ont vu leur seuil auditif moyen passer d’environ 106 décibels à 52 décibels après au moins six mois de suivi. Ce niveau correspond à une conversation normale. Bien que ces résultats soient encourageants, ils concernent une petite étude sans groupe témoin, ce qui laisse encore des questions sur la durabilité de l’effet et l’accès à ce traitement.
Une injection unique dans l’oreille interne, des progrès rapides
Les chercheurs ont effectué une injection dans la cochlée, via la « fenêtre ronde » qui donne accès à cette partie de l’oreille interne. Ils ont utilisé un virus adéno-associé inoffensif, chargé d’une copie fonctionnelle du gène OTOF. La majorité des patients ont commencé à constater une amélioration de leur audition dès un mois, puis cette amélioration s’est stabilisée vers six mois.
Les enfants de 5 à 8 ans ont été les plus réactifs, notamment en ce qui concerne le développement du langage. La fillette de 7 ans, par exemple, pouvait tenir une conversation quotidienne avec sa mère quatre mois après l’injection. « Chez de nombreux participants, l’audition s’est fortement améliorée, ce qui peut avoir un impact important sur leur qualité de vie », explique Maoli Duan, chercheur au Karolinska Institutet.
Pourquoi cette surdité est-elle ciblable ?
Le gène OTOF code une protéine appelée otoferline, essentielle pour transmettre le signal sonore des cellules sensorielles de la cochlée vers le cerveau. Dans la forme DFNB9, ces cellules restent généralement intactes, mais le « câblage » vers le nerf auditif ne fonctionne plus. La surdité liée à ce gène est une maladie génétique autosomique récessive, due à des mutations bialléliques. Restaurer localement la production d’otoferline par thérapie génique apparaît donc comme une solution logique, sur le plan biologique.
Chez certains nouveau-nés, le dépistage auditif peut révéler cette anomalie, car les cellules ciliées externes répondent encore, même si la synapse avec le nerf est défaillante. Le diagnostic repose ensuite sur des examens audiologiques spécialisés et un test génétique. Il est important de noter que ce traitement ne concerne que cette forme spécifique de surdité génétique, et pas la perte auditive liée à l’âge, aux bruits, aux infections ou aux traumatismes.
Effets secondaires et perspectives d’avenir
Sur le plan de la sécurité, les chercheurs rapportent que le traitement a été bien toléré pendant une période allant jusqu’à 12 mois. Aucun effet grave n’a été attribué à la thérapie. Le principal effet indésirable observé était une baisse du nombre de neutrophiles, un type de globules blancs, mais ce phénomène était léger à modéré. Au total, 162 événements indésirables de faible gravité ont été recensés, ce qui nécessite une surveillance à long terme.
Depuis cette première étude, un essai plus large regroupant 42 patients a montré une récupération auditive utile chez environ 90 % d’entre eux, jusqu’à 2,5 ans de recul. En 2026, la Food and Drug Administration (FDA) américaine a approuvé une première thérapie génique à base de virus AAV pour la surdité liée au gène OTOF, sous le nom d’Otarmeni, dans un cadre très encadré.
Maoli Duan souligne que cette avancée n’est qu’un début. D’autres gènes liés à la surdité, comme GJB2 ou TMC1, sont également en ligne de mire, même si leur correction s’annonce plus complexe.






