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Un Médecin retraité poursuivi pour avoir aidé ses anciens patients

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Un médecin retraité poursuivi pour avoir aidé ses anciens patients

En 2021, le docteur Patrick Laine a décidé de prendre sa retraite après près de quarantaine d’années en médecine générale à Saulnot, en Haute-Saône. Aujourd’hui, il ne consulte plus dans son cabinet, mais doit s’expliquer devant une instance disciplinaire à Dijon, suite à des ordonnances qu’il aurait rédigées après sa retraite.

Dans un contexte marqué par un fort déclin du nombre de médecins, l’ancien praticien est poursuivi pour « exercice illégal de la médecine ». Il affirme cependant avoir simplement répondu à des appels de détresse. « Ma priorité, c’était le soin », explique-t-il, soutenu par ses anciens patients et plusieurs élus locaux, qui promettent de l’accompagner lors de l’audience.

Une longue carrière au service de la communauté

Installé à Saulnot depuis 1983, Patrick Laine a soigné plusieurs générations de patients. Il estime que près d’un quart de son activité consistait en visites à domicile, un mode d’exercice qu’il privilégie pour mieux connaître ses patients et leur environnement. « Ces visites permettent de retrouver l’esprit de médecin de famille », précise-t-il.

Il se décrit comme « un peu hyperactif » et avoue avoir été « franchement épuisé » après des semaines dépassant 70 heures, avec des gardes toutes les nuits et tous les week-ends. Son départ à l’âge de 71 ans, en 2021, s’est effectué sans successeur, malgré des recherches prolongées. La plaque a été retirée, mais ses patients ont conservé des liens forts avec lui. Patrick Laine est resté inscrit à l’Ordre des médecins et pouvait continuer à prescrire sous certaines limites.

Prescriptions après la retraite : un acte mal compris ?

Entre 2021 et 2025, l’ancien médecin a été sollicité à plusieurs reprises par ses patients. « Quand ils avaient du mal à joindre leur médecin, ils m’appelaient et j’intervenais », raconte-t-il. Il précise avoir prescrit des médicaments dans des situations d’urgence, pour des résultats d’examens préoccupants ou pour des conseils. Il insiste sur le fait qu’il n’a jamais touché d’argent pour ces actes et qu’il agissait bénévolement.

Pour lui, « à la retraite, on peut soigner sa famille et ses amis proches », une pratique qu’il juge légitime. Cependant, cette proximité n’est pas clairement définie par la réglementation, ce qui complique la situation. En mars 2025, il reçoit une lettre recommandée du conseil départemental de l’Ordre, suite à une plainte d’un confrère, qui lui reproche ses prescriptions. Il dénonce un système où les patients doivent passer par une plateforme téléphonique peu personnelle.

Il confie avoir été profondément blessé par cette procédure. « Je suis traité comme un charlatan ou un harceleur, alors que j’ai simplement rendu service en répondant à des détresses », explique-t-il. Selon lui, il agit pour le bien de ses patients, et non pour en tirer un profit.

Le cadre réglementaire et ses ambiguïtés

Le conseil de l’Ordre de Haute-Saône a relevé une centaine de prescriptions envoyées à la CPAM sur une période de 18 mois. « Le directeur de l’Assurance maladie m’a dit qu’il pouvait demander le remboursement, mais qu’il ne le ferait pas, car j’ai rendu service », raconte Patrick Laine.

Il a cessé de prescrire mais continue d’accueillir ses patients pour des consultations de soutien et pour organiser des rendez-vous avec des spécialistes. Il a aussi aidé deux voisins atteints de cancer à finir leurs jours à domicile, en leur apportant un accompagnement médical mais aussi personnel. « Je les ai accompagnés jusqu’au bout, parfois en me levant la nuit », confie-t-il.

En France, un médecin retraité inscrit à l’Ordre peut soigner gratuitement ses proches et ses amis proches. Cependant, il ne peut pas établir d’arrêts de travail ni assurer un suivi régulier à grande échelle sans cumuler une activité salariée ou libérale. La notion de « proche » reste floue, ce qui alimente le débat autour de la frontière entre aide bénévole et exercice illégal de la médecine.

Face à la pénurie médicale dans de nombreuses zones rurales, plus de 150 anciens patients ont exprimé leur soutien à Patrick Laine, et une vingtaine d’entre eux, avec des maires, prévoient de l’accompagner lors de l’audience à Dijon.

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