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Gabapentine : un médicament courant pourrait augmenter le risque de démence

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Gabapentine : une étude alerte sur un risque accru de démence

La gabapentine, un médicament couramment prescrit pour soulager les douleurs neuropathiques, l’épilepsie ou les jambes sans repos, fait l’objet d’une nouvelle alerte scientifique. Une étude rétrospective menée par l’université de Case Western Reserve à Cleveland suggère que l’usage répété de ce médicament pourrait augmenter le risque de développer une démence ou un trouble cognitif léger. Selon les résultats, ce risque pourrait atteindre 40 % chez les patients les plus exposés.

Les chercheurs ont analysé des dossiers médicaux sur une période de 20 ans. Ils ont observé une corrélation entre le nombre d’ordonnances de gabapentine et l’apparition de troubles de la mémoire dans les dix années suivantes. Ce signal est particulièrement marqué chez les adultes de moins de 65 ans, ce qui soulève des questions pour les patients traités pour une lombalgie chronique et leurs médecins. Cependant, ils précisent qu’il ne s’agit pas d’une preuve de causalité.

Ce que révèle la nouvelle recherche

La gabapentine est un anti-épileptique qui agit sur les messagers chimiques du cerveau pour réduire les crises et certaines douleurs nerveuses, notamment après un zona ou dans des douleurs chroniques. La démence correspond à un déclin progressif des fonctions cognitives, comme la mémoire ou le raisonnement, qui peut perturber la vie quotidienne. Le trouble cognitif léger désigne un déclin mesurable, sans pour autant compromettre l’autonomie.

Pour leur étude, les chercheurs ont utilisé la base de données TriNetX, un vaste réseau international de dossiers médicaux électroniques. Entre 2004 et 2024, ils ont comparé 26 414 adultes souffrant de lombalgie chronique et recevant de la gabapentine à autant de patients similaires qui ne prenaient pas ce médicament. L’appariement a été réalisé en fonction de l’âge, du sexe et des antécédents médicaux.

Les résultats indiquent une association entre la prescription de gabapentine et l’apparition de démence ou de troubles cognitifs dans les dix ans suivant le traitement. De plus, une fréquence plus élevée de prescriptions est liée à une augmentation du risque.

Un risque pouvant atteindre 40 % selon la fréquence des prescriptions

Les chercheurs ont constaté que recevoir au moins six ordonnances de gabapentine augmente le risque relatif de démence de 29 %, et celui de trouble cognitif léger de 85 %, comparé aux patients qui en ont reçu moins. Chez ceux ayant reçu douze prescriptions ou plus, le risque relatif de démence atteint 1,40, soit une hausse de 40 %. Par ailleurs, le risque de trouble cognitif léger augmente de 65 %.

Ce risque est particulièrement élevé chez les 35‑49 ans, chez qui la probabilité de démence a plus que doublé, et chez les 50‑64 ans, où le risque a triplé. Les chercheurs rappellent toutefois que ces chiffres représentent un risque relatif : cela signifie que la probabilité de développer une démence est 1,4 fois plus élevée que dans un groupe non exposé, sans indiquer le pourcentage exact de patients concernés.

Une étude menée à Taïwan, chez des patients souffrant de douleurs chroniques, a également donné des résultats mitigés. Elle a trouvé un odds ratio ajusté proche de 1, ce qui suggère qu’il n’y aurait pas d’augmentation significative du risque. La littérature scientifique sur ce sujet reste donc partagée.

Comment comprendre ces résultats et que faire si vous prenez de la gabapentine ?

Les auteurs soulignent que leur étude présente certaines limites. Il s’agit d’une recherche observationnelle et rétrospective, sans données précises sur les doses ou la durée du traitement. La fréquence des prescriptions n’est qu’un indicateur approximatif de l’exposition réelle au médicament. De plus, les patients sous gabapentine ont souvent des douleurs plus intenses, une activité physique moindre, et davantage de comorbidités, qui peuvent eux aussi favoriser les troubles cognitifs.

Il est également possible que des signes précoces de maladies comme Alzheimer conduisent à une augmentation des consultations médicales et des prescriptions, ce qui pourrait créer une causalité inversée.

Les spécialistes recommandent principalement de surveiller l’état cognitif des patients recevant des prescriptions répétées de gabapentine. Il ne faut pas arrêter brutalement le traitement, car cela pourrait provoquer une recrudescence des douleurs ou des crises, surtout chez les patients épileptiques. En cas de traitement prolongé, il est conseillé d’en discuter avec son médecin si l’on observe :

  • des troubles de mémoire inhabituels ou une confusion nouvelle ;
  • des difficultés de concentration qui affectent le travail ou la vie quotidienne ;
  • un allongement du traitement alors que la douleur a changé.

Le médecin pourra alors réévaluer la nécessité du médicament, ajuster la dose, envisager un sevrage progressif ou proposer d’autres options pour soulager la douleur. Il est important de prendre en compte ce nouveau signal de risque tout en conservant les bénéfices attendus du traitement.

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