Depuis aussi longtemps que je me souvienne, j’ai des douleurs au ventre. Enfant, je grandissais dans un environnement familial difficile. Anxiety et hypersensibilité me faisaient souvent plier en deux en classe à cause de douleurs. L’infirmière de l’école me connaissait bien. Ma mère, encore très stressée après avoir perdu sa sœur d’une péritonite foudroyante, m’emmenait régulièrement à l’hôpital. Mais rien ne semblait soulager mes symptômes.
En 2011, à 21 ans, je pars en voyage d’un mois à Madagascar. Student à l’époque, je rends visite à une amie travaillant dans l’humanitaire. Sur place, je tombe rapidement malade : vomissements, diarrhée, fièvre. Je pense d’abord à une simple tourista.
Mais cette diarrhée persiste plusieurs semaines, gâchant la majorité de mes vacances. De retour en France, mes nausées ont disparu, mais mon transit reste perturbé. Après chaque repas, j’ai des crampes, des ballonnements et des gaz, et je suis clouée au lit dans d’intenses douleurs.
Démunie, je me tourne vers les médecines alternatives
Craignant d’avoir contracté des amibes, un vers ou une maladie tropicale, je consulte l’Institut Pasteur à plusieurs reprises. Cependant, toutes mes analyses de sang reviennent normales. En parallèle, je consulte une gynécologue qui suspecte une endométriose. Après échographies et IRM, on me diagnostique une forme « légère » de la maladie. Elle me prescrit une pilule spécifique. Bien que cette pilule arrête brutalement mes règles, je suis prête à tout pour arrêter la douleur, et je suis les recommandations sans poser de questions.
Malgré cela, je finis souvent aux urgences en pleine nuit, épuisée et fébrile. Démunie, je m’intéresse alors aux médecines alternatives. En 2012, peu de jeunes femmes consultent des naturopathes. La professionnelle que je vois me recommande des compléments alimentaires allemands, peu connus en France. Je les commande à l’étranger, dépensant tout mon budget étudiant. Ma mère me conseille aussi un énergéticien. Lors de la séance, je ressens seulement une chaleur diffuse sur certaines parties du corps, et je reçois une facture de 80 euros. En plus, ma constipation empire.
Perte de poids et diagnostic d’intolérances
Un jour, à la pharmacie, la pharmacienne, qui me connaît bien, me demande ce qui ne va pas. Je lui explique mes problèmes. Elle me suggère alors de faire des analyses pour l’intolérance au lactose et au gluten. Le résultat est positif. Je ne suis pas allergique, mais intolérante à ces deux aliments. En 2012, dans une société où le gluten et les produits laitiers ne sont pas encore largement évités, cette nouvelle est un choc. Ne sachant pas cuisiner, je ne mange plus que du riz et des boîtes de thon. Je perds 10 kilos en quelques mois, m’affaiblissant chaque jour un peu plus. Malgré la douleur, je continue à sortir, souvent en buvant beaucoup d’alcool.
Mon gastro-entérologue me dit que « c’est dans la tête » et me recommande de consulter un psychiatre. Finalement, il diagnostique une colopathie, ou syndrome de l’intestin irritable, en expliquant que le stress serait un déclencheur. Il me prescrit du Citalopram, un antidépresseur, à la dose minimale. J’ai alors des vertiges, des nausées et des sensations de chaleur. Il me faut trois semaines pour m’habituer au médicament, juste à temps pour un voyage de six mois en Asie du Sud-Est.
Voyage en Asie et nouvelles habitudes alimentaires
Avec ce diagnostic, je pars pour le Cambodge avec un sac de médicaments, dont 10 kilos de traitements. Sur place, mes intolérances alimentaires ne posent plus de problème. En Asie, le riz est la céréale principale, et la majorité des locaux sont intolérants au lactose. Je prends tous mes médicaments scrupuleusement, et je n’ai plus de douleurs, sauf lors d’intoxications alimentaires classiques.
Retour en France et adaptation
De retour, je poursuis mes traitements en évitant strictement gluten et lactose. J’apprends à cuisiner des plats asiatiques et j’achète des produits bio, comme des galettes de quinoa ou de petit épeautre. Au petit-déjeuner, je consomme des flocons d’avoine avec du lait végétal. Je remplace les yaourts classiques par des versions au soja ou au lait de brebis, et je choisis du fromage de chèvre ou de brebis plutôt que du vache.
Je m’intéresse aussi aux huiles essentielles et à l’automassage. L’huile essentielle d’estragon m’aide beaucoup lors des crises. Le charbon actif soulage également mes ballonnements.
Les années suivantes et nouvelles analyses
En 2016, je repasse une IRM pour l’endométriose, mais les résultats sont négatifs. Je décide d’arrêter la pilule, pensant ne pas en avoir eu. Je stoppe aussi le Citalopram, car ses effets secondaires (prise de poids, transpiration nocturne, sécheresse) deviennent insupportables. Je veux arrêter tous ces médicaments et retrouver une vie plus simple.
En 2017, je réintroduis prudemment certains aliments comme le gluten et le lactose, mais je reste vigilante. Le lait de vache me cause des gaz et des crises douloureuses. Les pâtisseries, la pizza et la bière restent interdites, car difficiles à digérer.
Découverte des FODMAPS en 2022
En 2022, je commence à entendre parler des FODMAPS, ces glucides difficiles à digérer. Je ressens encore des crises après certains excès ou stress. Mon médecin me diagnostique enfin le syndrome du côlon irritable, comme beaucoup de jeunes femmes hypersensibles. Elle me conseille un régime sans FODMAPS. Je découvre alors que ces sucres sont présents dans de nombreux aliments. J’installe une application pour classer les aliments et j’achète un livre du Dr Pierre Nys pour mieux comprendre cette alimentation.
Et aujourd’hui ?
Je prends du charbon en crise et, lorsque la douleur dure plusieurs jours, je fais des cures avec des dispositifs spécifiques. Je continue à éviter le blé et le lait de vache liquide. Je consomme des légumineuses en petites quantités, limite certains légumes comme le chou-fleur ou les asperges. Je privilégie des farines alternatives, comme celles de quinoa ou de maïs, et j’évite les aliments ultra-transformés « sans gluten » souvent très salés et peu sains.
Concernant l’alcool, je respecte des pauses après chaque excès. Je ne bois plus de bière, et je limite aussi le vin blanc, qui peut aggraver mon irritation digestive. Je fais aussi beaucoup d’exercice, en alternant cardio, renforcement et sport doux. La marche, la natation et les bains m’aident à réduire mon stress et à soulager mes douleurs digestives.
Après des années d’errance médicale, cette consultation rapide a finalement changé ma vie.






