Un geste quotidien, un risque pour la santé et l’environnement
Mettre ses contenants en plastique au lave-vaisselle puis les réutiliser pour stocker des aliments est une habitude courante dans de nombreuses cuisines. Cependant, une étude récente de l’Université du Queensland, en Australie, met en garde contre les risques liés à cette pratique. Selon leurs recherches, le passage de ces contenants en plastique dans le lave-vaisselle transforme nos appareils en véritables émetteurs de microplastiques.
Les chercheurs ont découvert qu’un seul cycle de lavage avec des contenants en plastique peut libérer près d’un million de particules dans l’eau. Ces micro-fragments, invisibles à l’œil nu, ne disparaissent pas. Ils se retrouvent dans les eaux usées, puis dans l’environnement, et peuvent éventuellement revenir dans nos assiettes. Par ailleurs, des études ont aussi détecté des microplastiques dans les artères humaines, augmentant le risque d’infarctus et d’AVC, selon la revue New England Journal of Medicine. Bien que la quantité libérée par un seul lavage soit faible, leur accumulation sur le long terme soulève des questions préoccupantes.
Comment le plastique se délite dans le lave-vaisselle
Les chercheurs ont expérimenté un lave-vaisselle classique, rempli uniquement de boîtes et ustensiles en plastique du quotidien. Sous l’effet de la chaleur, pouvant atteindre 70 °C, des détergents et des jets puissants, la surface du plastique s’est érodée. Résultat : environ 920 000 micro et nanoparticules ont été libérées en un seul cycle, ce qui correspond à près de 33 millions de particules par foyer chaque année. Cela représente environ 6 milligrammes de plastique, l’équivalent d’un quart de grain de riz par personne.
Si ce volume peut sembler minime comparé à d’autres sources de pollution plastique, l’accumulation à l’échelle mondiale des millions de lave-vaisselle envoie un message : même des gestes apparemment anodins ont un impact environnemental cumulatif. Le Dr Elvis Okoffo souligne que « mieux vaut éviter que ces microplastiques ne pénètrent dans l’environnement » plutôt que de devoir mettre en place des mesures coûteuses pour les éliminer par la suite.
Une contamination qui touche aussi notre corps
Une fois libérées dans l’eau, ces particules atteignent les stations d’épuration, puis se dispersent dans les rivières, la mer, le sol, et entrent dans la chaîne alimentaire. Les microplastiques, fragments inférieurs à 5 mm, et les nanoplastiques, de moins d’un micromètre, ne se dégradent pas. Ils se fragmentent plutôt en de plus petites particules qui s’accumulent. Selon une étude de 2021, nous inhalons entre 2 000 et 7 000 microplastiques par jour. Des recherches ont aussi montré leur présence dans le liquide folliculaire et le sperme, signe d’une diffusion dans tout notre organisme.
Une étude publiée le 7 mars 2024 dans le New England Journal of Medicine a analysé les plaques d’athérome de 257 patients opérés. Près de 58 % d’entre eux contenaient des micro ou nanoplastiques. Chez ces patients, le risque d’infarctus, d’AVC ou de décès était multiplié par 2 à 4,5 sur une période de 34 mois. Les chercheurs restent prudents quant à la causalité, mais cette étude souligne l’importance de limiter notre exposition à ces particules présentes partout dans notre environnement.
Comment limiter l’émission de microplastiques lors du lavage
Il n’est pas nécessaire de se débarrasser de son lave-vaisselle, mais il est possible d’adopter quelques gestes pour réduire la libération de microplastiques. Les contenants fins, jetables ou de mauvaise qualité, ainsi que les boîtes rayées, déformées ou blanchies, ont tendance à relarguer davantage de particules. Les plastiques placés près de la résistance chauffante, notamment dans le panier inférieur, sont aussi plus sollicités. À l’inverse, des matériaux comme le verre, l’inox ou la céramique supportent mieux les cycles répétés.
- Utiliser le lave-vaisselle uniquement pour le verre, la céramique et l’inox, et laver le plastique à la main si possible.
- Ne faire passer au lave-vaisselle que les plastiques compatibles, en les plaçant dans le panier supérieur et en choisissant des programmes modérés.
- Éviter complètement les plastiques à usage unique (pots de yaourt, gobelets, barquettes fines) et ne pas les réutiliser pour stocker des aliments.
- Remplacer rapidement les boîtes en plastique abîmées ou rayées par des contenants en verre.
- Installer des filtres à microplastiques dans certains lave-vaisselle ou opter pour des modèles plus résistants, proposés par certains fabricants.
Il faut aussi prendre en compte que la majorité de notre exposition aux microplastiques provient des textiles synthétiques, de l’air intérieur ou des emballages. Cependant, en ajustant nos habitudes domestiques, notamment lors du lavage, nous pouvons réduire notre charge globale en particules, en particulier pour les personnes à risque cardiovasculaire.






