Perdre ses clés, oublier un prénom ou ne pas se souvenir pourquoi on est entré dans une pièce sont des oublis courants avec l’âge. Ces petits incidents de mémoire peuvent inquiéter, car ils ressemblent à ceux qui précèdent une maladie d’Alzheimer. Cependant, selon des neurologues interviewés par le magazine Parade, ces oublis occasionnels sont plus fréquents chez les personnes âgées. La raison principale est que la vitesse de traitement de l’information par le cerveau atteint son maximum vers la trentaine, puis diminue progressivement.
Pour faire la différence entre de simples oublis liés à l’âge et une perte de mémoire plus inquiétante, trois critères principaux sont à considérer : la fréquence, le contexte et l’impact sur la vie quotidienne. Oublier un détail de temps en temps, puis le retrouver, reste normal. En revanche, si les trous de mémoire deviennent fréquents, concernent des événements entiers, ou perturbent l’autonomie, cela peut indiquer une maladie neurocognitive, comme la maladie d’Alzheimer.
Ce qui reste dans la norme chez les personnes âgées
Le Dr Brian Hitt, neurologue spécialisé dans le comportement, rappelle que la mémoire à court terme est à son apogée vers 20 ans, la mémoire de travail vers 30 ans, tandis que le vocabulaire peut continuer à s’enrichir jusqu’à la fin de la soixantaine. Par ailleurs, la neurologue Sara Siavoshi, professeure de neurosciences à l’Université de San Diego, souligne l’importance de l’attention. Elle explique que le stress, le manque de sommeil, l’anxiété ou un trouble comme le TDAH peuvent perturber le stockage des informations par le cerveau. Si l’esprit est occupé ou épuisé, l’information s’enregistre mal, ce qui rend difficile sa récupération ultérieure. Ainsi, oublier un nom puis s’en souvenir, ou égarer ponctuellement ses clés, sont considérés comme des phénomènes normaux chez les seniors.
Les signes d’une perte de mémoire pathologique
Ce qui inquiète davantage les spécialistes, ce sont les oublis de souvenirs plutôt que les détails flous. Par exemple, une personne peut participer à un repas de famille et nier y avoir été quelques jours plus tard. Le Dr Hitt souligne que le fait de poser plusieurs fois la même question ou d’oublier une conversation importante, même si elle a été suivie attentivement, indique une défaillance plus sérieuse de la mémoire.
Plusieurs autres signes doivent alerter dans la vie quotidienne :
- Désorientation dans le temps ou dans l’espace, même dans des lieux familiers.
- Difficultés à réaliser des tâches habituelles, comme préparer un repas ou gérer ses finances.
- Erreurs de jugement pouvant mettre en danger la sécurité, par exemple avec le gaz ou les médicaments.
- Changements de comportement ou repli social inexpliqué.
Souvent, ce sont les proches qui remarquent ces évolutions, en constatant par exemple qu’un trajet habituel devient confus ou qu’un aidant est nécessaire pour des tâches autrefois simples.
Consultation mémoire : causes réversibles et examens clés
Beaucoup hésitent à parler de leurs troubles de mémoire, craignant un diagnostic de démence. Selon la Professeure Siavoshi, cette retenue peut poser problème, car elle peut faire manquer une autre cause. En effet, des conditions comme une dépression sévère peuvent imiter une démence en altérant la mémoire et la pensée. D’autres causes réversibles incluent les troubles du sommeil, l’anxiété, une carence en vitamine B12 ou folates, des troubles thyroïdiens ou une apnée du sommeil non traitée.
Pour diagnostiquer ces troubles, différents examens sont nécessaires : tests neuropsychologiques, analyses sanguines, IRM cérébrale, et parfois la recherche de biomarqueurs comme les plaques amyloïdes associées à Alzheimer. Selon le Dr Hitt, si la cause est bien la maladie d’Alzheimer, de nouveaux traitements peuvent désormais ralentir sa progression.






