Un nouveau cas d’infection au virus Shamonda en France
Un patient immunodéprimé est décédé début octobre à Lyon. Il s’agit de la première fois qu’un cas de virus Shamonda est documenté chez un humain en France. Ce virus touche habituellement les bovins, mais sa présence chez l’être humain a été confirmée récemment, malgré sa circulation en Afrique et en Asie depuis plusieurs décennies.
Le ministère de la Santé a annoncé le 22 octobre qu’un homme avait été infecté par ce virus. Jusqu’à présent, le Shamonda n’était pas considéré comme transmissible à l’humain. Le patient, décédé au début du mois, souffrait d’une maladie très grave et n’avait aucune défense immunitaire, ce qui explique la gravité de son état.
Le virus Shamonda : un agent zoonotique
Le Shamonda est un orthobunyavirus transmis aux animaux par de petits moucherons piqueurs, appelés culicoïdes. Ces insectes, présents dans les pays chauds, se nourrissent du sang d’animaux infectés pour propager le virus. Selon le ministère de l’Agriculture, les bovins sont les hôtes principaux, mais les petits ruminants, ainsi que parfois les équidés et les alpagas, peuvent également être infectés.
Impacts sur l’élevage et la santé animale
Chez les bovins, le virus entraîne de la fièvre, des diarrhées et une baisse de la production laitière. Un éleveur dans l’Ain a signalé une perte de 4 kilos de lait par vache chaque jour. Une étude menée sur neuf exploitations laitières françaises a révélé une chute de 15 à 75 % de la production, accompagnée de diarrhées, durant un à six jours.
Le virus peut également causer des complications chez les femelles gestantes, comme des avortements et des malformations fœtales. Cependant, selon les autorités, l’impact global sur les élevages reste modéré. Des traitements symptomatiques existent, et la recherche d’un vaccin est en cours, mais cela prendra plusieurs mois.
Outre les bovins, le Shamonda peut toucher les ovins, provoquant des avortements et des malformations chez les agneaux, ainsi que des troubles neurologiques chez les chevaux. Un foyer chez des équins a été récemment identifié dans l’Hérault.
Comment le virus a-t-il atteint l’homme ?
La découverte du virus chez un humain soulève des questions. Le patient, pris en charge aux Hospices civils de Lyon, présentait une immunodépression sévère et souffrait d’une pathologie grave. Les premières investigations suggèrent que ses complications cérébrales étaient probablement liées au Shamonda. Cependant, il est encore trop tôt pour affirmer que le virus a été la cause directe de son décès.
Le directeur général de la Santé, Grégory Emery, précise que le patient n’avait pas de lien direct avec des bovins. La piste privilégiée est celle d’une contamination par piqûre d’un moucheron culicoïde, plutôt que par contact avec un animal infecté. La contamination aurait eu lieu dans l’est de la France, où le virus circule chez les animaux depuis le printemps ou l’été 2026.
Les autorités rassurent : il n’y a actuellement aucun risque de transmission de l’homme à l’homme ou de l’animal à l’humain. La situation ne nécessite pas de vigilance sanitaire particulière pour la population générale.
Une première en Europe cet été
Le Shamonda a été identifié pour la première fois en Europe cet été. Il a été détecté dans l’est de la France, notamment dans les Alpes en juillet, puis en Suisse et au sud de l’Allemagne. Depuis, il s’est répandu dans 54 départements français et dans 14 autres pays européens, comme l’Irlande, l’Italie, le Portugal et la Slovénie.
Ce virus, initialement découvert dans les années 1960 au Nigeria, est signalé sporadiquement chez les bovins en Afrique de l’Ouest, de l’Est et australe, ainsi qu’au Japon. La prolifération pourrait être favorisée par le changement climatique, qui permet aux culicoïdes de rester actifs plus longtemps, ainsi que par l’accroissement des échanges internationaux, facilitant la dispersion des insectes.
Situation sanitaire et mesures de prévention
Face à cette découverte, le ministère de la Santé a informé les instances internationales, telles que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC). Pour l’instant, le virus Shamonda n’est pas réglementé au niveau européen et ne fait l’objet d’aucune mesure spécifique de surveillance ou de lutte. Les autorités travaillent cependant en collaboration avec des scientifiques et des professionnels du secteur animalier.
Il est important de noter qu’il n’existe à ce jour aucune donnée scientifique prouvant la transmission du virus par la consommation de viande, de lait ou de produits dérivés d’animaux infectés. Les produits issus d’animaux malades restent interdits à la consommation.
Les spécialistes recommandent de lutter contre les insectes vecteurs en éliminant, notamment, les zones d’eau stagnante et en procédant à la désinsectisation des moyens de transport. La difficulté réside dans le fait qu’il est difficile d’éviter l’exposition aux culicoïdes dans certaines régions où la présence de ces insectes est importante.






