Ces 5 médicaments très courants peuvent nuire à votre audition, selon des spécialistes
De nombreux médicaments en pharmacie traitent des affections comme les douleurs, les infections ou le paludisme. Cependant, certains de ces traitements, appelés médicaments ototoxiques, peuvent endommager l’oreille interne et altérer l’audition. Les signaux tels que des acouphènes soudains, des bourdonnements ou une sensation d’oreille bouchée peuvent parfois être liés à ces effets indésirables, encore peu connus du public.
Selon un article publié sur la plateforme scientifique The Conversation, la pharmacienne Dipa Kamdar, enseignante à l’Université de Kingston, rappelle que plus de 200 médicaments sont suspectés d’être toxiques pour l’oreille. Parmi eux, cinq familles de médicaments très courantes se démarquent : les antibiotiques, les traitements cardiaques, les chimiothérapies, les antalgiques du quotidien et les antipaludiques. Il est essentiel de rester vigilant sans interrompre seul ces traitements souvent vitaux. Connaître les signaux d’alerte et adopter les bons réflexes est primordial.
Ototoxicité : quand les médicaments perturbent l’oreille interne
L’ototoxicité désigne les lésions de l’oreille interne causées par certains médicaments. Elle peut affecter à la fois l’audition et l’équilibre. La cochlée, organe en forme d’escargot, permet d’analyser les sons, tandis que le système vestibulaire gère l’équilibre. Lorsqu’elles sont atteintes, ces structures peuvent entraîner une perte d’audition, souvent sur les sons aigus, des acouphènes, des vertiges ou une sensation d’oreille pleine.
Sur le plan microscopique, le problème réside principalement dans les cellules ciliées. Ces minuscules capteurs sensoriels tapissent la cochlée et sont souvent endommagés directement par certains médicaments ototoxiques ou par un déséquilibre des liquides dans l’oreille interne. Ces cellules se régénèrent très peu. Une fois détruites, la perte d’audition peut devenir irréversible. Le risque dépend alors de la dose, de la durée du traitement, de l’association avec d’autres médicaments et de la vulnérabilité de chaque personne.
Cinq familles de médicaments ototoxiques à connaître
Certains de ces médicaments sont réservés à des situations graves, d’autres sont utilisés en automédication. Les spécialistes citent principalement :
- Antibiotiques aminoglycosides (gentamicine, tobramicine, streptomycine) : administrés pour traiter des infections sévères comme la septicémie ou la méningite. Ces médicaments sont parmi les plus documentés en matière d’ototoxicité. À fortes doses ou en cures prolongées, ils peuvent provoquer une surdité définitive, car ils restent dans l’oreille interne plusieurs semaines.
- Medications cardiaques, notamment les diurétiques de l’anse (furosémide, bumétanide) : utilisés pour l’insuffisance cardiaque ou l’hypertension. Environ 3 % des patients traités présentent une baisse d’audition transitoire, liée à un déséquilibre des liquides dans l’oreille. Certains antihypertenseurs, comme les IEC ou les inhibiteurs calciques, ont aussi été associés à des acouphènes, mais les données restent limitées.
- Chimiothérapies à base de platine (cisplatine, carboplatine) : prescrites dans plusieurs types de cancers (testicule, ovaire, sein, tête et cou). Jusqu’à 60 % des patients traités au cisplatine peuvent subir une perte auditive, surtout si la radiothérapie cible la région de la tête ou du cou.
- Antalgiques courants : aspirine, AINS (ibuprofène, naproxène) et paracétamol. Une étude a montré que les femmes de moins de 60 ans prenant régulièrement de l’aspirine à dose modérée (325 mg ou plus, six à sept fois par semaine) avaient un risque accru de 16 % d’acouphènes. La consommation fréquente d’AINS ou de paracétamol est aussi associée à près de 20 % de risque supplémentaire d’acouphènes et à des troubles auditifs prolongés, surtout chez les jeunes hommes.
- Antipaludiques (chloroquine, quinine) et hydroxychloroquine : utilisées dans le traitement du lupus ou de la polyarthrite rhumatoïde. Ces médicaments peuvent provoquer acouphènes et baisse d’audition. Entre 25 et 33 % des personnes souffrant de troubles auditifs auraient pris ces traitements. Les symptômes disparaissent souvent après l’arrêt, mais pas toujours, surtout en cas de doses élevées ou de traitements prolongés.
Qui est le plus exposé et quels réflexes adopter ?
Le risque est plus élevé chez les personnes ayant une fragilité auditive, une insuffisance rénale, une prédisposition génétique ou prenant plusieurs médicaments ototoxiques en même temps. Les enfants et les personnes âgées sont également plus vulnérables. Les personnes exposées régulièrement au bruit (écouteurs forts, concerts, environnements bruyants) courent aussi un risque accru, car le « cocktail » bruit plus médicament peut endommager davantage l’oreille interne.
En cas de nouveau traitement, il est conseillé de surveiller l’apparition de symptômes comme des acouphènes, des vertiges, une baisse d’audition ou une sensation d’oreille bouchée. Une perte auditive brutale, surtout d’un seul côté, nécessite une consultation médicale urgente. Si ces symptômes apparaissent après l’initiation ou l’augmentation d’un médicament, il faut en informer rapidement un professionnel de santé, sans modifier soi-même la dose. Pour certains traitements à risque élevé, un suivi audiologique peut être mis en place. Enfin, limiter l’automédication avec des AINS ou de l’aspirine, respecter les doses et protéger ses oreilles du bruit sont des mesures simples pour réduire le risque.






