Oubliez la glace pour les entorses : une nouvelle approche plus efficace
Les entorses de la cheville sont parmi les blessures les plus courantes, que ce soit lors d’un match de sport, d’une marche ordinaire ou d’un faux pas dans les escaliers. La réaction immédiate de beaucoup est d’appliquer de la glace, de se reposer et de bander le membre.
Pendant longtemps, la méthode RICE (Repos, Glace, Compression, Élévation) a été la référence pour favoriser la récupération. Cependant, cette approche est aujourd’hui remise en question par plusieurs spécialistes en blessures musculo-squelettiques. Des chercheurs proposent désormais une nouvelle méthode, axée sur le mouvement précoce et une meilleure compréhension de la douleur.
Pourquoi la glace et les anti-inflammatoires ne sont plus toujours recommandés
La réaction inflammatoire n’est plus considérée comme un simple problème à supprimer. Selon Jean-François Esculier, physiothérapeute et professeur à l’Université de Colombie-Britannique, « notre organisme a développé la réponse inflammatoire pour amorcer le processus de guérison ». Elle permet l’afflux de cellules immunitaires qui nettoient les tissus endommagés et favorisent la réparation.
La glace, en réduisant le flux sanguin, peut ralentir cette réponse naturelle. Toutefois, elle n’est pas totalement à proscrire : « Si la douleur est forte et que la glace soulage, n’hésitez pas à l’utiliser », précise le kinésithérapeute Justin Shaginaw.
Il en va de même pour les anti-inflammatoires comme l’ibuprofène. En diminuant la douleur, ils peuvent aussi freiner les signaux nécessaires à la réparation. « Cela peut ralentir le processus de guérison », avertit Stuart Warden. Parfois, le paracétamol est préféré pour soulager la douleur sans interférer avec la réparation.
Le vrai problème : l’immobilité complète
Une autre idée remise en question est celle de l’immobilisation totale du membre blessé. « On pense souvent à tort qu’il faut ne rien faire », explique Stuart Warden. Pourtant, les recherches montrent qu’une immobilisation complète entraîne une perte de force et de souplesse, ce qui peut ralentir la récupération.
Au contraire, le mouvement joue un rôle essentiel. « Le mouvement est important », insiste Keith Baar. Il recommande des exercices doux et progressifs. Même une marche légère, sans boiter, peut favoriser la guérison. Il raconte avoir récupéré rapidement après une entorse en bougeant doucement dès les premiers jours.
Une nouvelle méthode : PEACE et LOVE
En 2019, Jean‑François Esculier et le kinésithérapeute Blaise Dubois ont proposé de remplacer la méthode RICE par un nouveau protocole en deux phases : PEACE puis LOVE.
- PEACE : Protection (limiter les mouvements douloureux, parfois avec des béquilles), Élévation (surélever le membre pour réduire l’enflure), Avoid (éviter la glace), Compression (bandage ou taping pour limiter l’œdème), Éducation (savoir quoi surveiller et quand consulter en urgence).
- LOVE : Load (remise en charge progressive, marcher sans boiter dès que possible), Optimism (garder un état d’esprit positif pour favoriser la guérison), Vascularisation (exercices doux comme vélo ou natation pour stimuler la circulation), Exercise (renforcement et proprioception avec un kinésithérapeute pour éviter les récidives).
En France, la Haute Autorité de santé rappelle en 2025 que cette méthode repose encore sur peu d’études de haute qualité, même si ses principes rejoignent le consensus actuel en rééducation active.
Source : Washington Post






