La maladie rénale chronique est souvent considérée comme une affection qui touche uniquement les reins. Cependant, ses effets vont bien au-delà. En France, près de 6 millions de personnes seraient concernées, souvent sans le savoir, car la maladie évolue sur plusieurs années sans symptômes évidents. À mesure que la fonction rénale se dégrade, le risque de complications cardiaques augmente, tout comme celui de troubles neurologiques.
Les patients atteints de cette maladie peuvent présenter des difficultés de concentration, des pertes de mémoire, ou encore un sentiment de « brouillard mental ». De plus, leur risque d’accident vasculaire cérébral (AVC) est plus élevé. De nombreux travaux scientifiques indiquent que les reins et le cerveau sont étroitement liés. Chez ceux dont la maladie est avancée, les troubles cognitifs sont particulièrement fréquents. Une étude internationale a ainsi été menée pour examiner l’impact de la maladie rénale chronique sur la santé du cerveau, avec des résultats qui pourraient faire évoluer la prise en charge de cette pathologie.
Comment la santé des reins influence-t-elle la mémoire ?
La maladie rénale chronique correspond à une perte progressive et durable de la capacité des reins à filtrer les déchets et à réguler l’eau, le sel et d’autres molécules dans le corps. Reins et cerveau disposent d’une microcirculation très fine, sensible aux variations de pression et à l’inflammation. Lorsque les reins fonctionnent mal, les petits vaisseaux sanguins se rigidifient et se calcifient, ce qui peut entraîner une maladie des petits vaisseaux cérébraux visible à l’IRM ou au scanner.
La barrière hémato-encéphalique, qui agit comme un filtre entre le sang et le tissu nerveux, joue un rôle clé dans cette relation. En cas d’insuffisance rénale terminale, plusieurs mécanismes fragilisent cette barrière : vaisseaux épaissis, inflammation chronique, et accumulation de toxines urémiques normalement éliminées par les reins. La perméabilité de cette barrière augmente, laissant passer cellules immunitaires et molécules nuisibles. Cela peut entraîner des dommages diffus au cerveau, une démence vasculaire, ou même augmenter le risque de maladie d’Alzheimer.
Un risque d’AVC trois fois plus élevé
Ces lésions cérébrales ne se traduisent pas seulement par des résultats à un test. Les patients rapportent souvent des oublis répétés, comme oublier un rendez-vous ou une prise de médicament. Certains ressentent un ralentissement de la pensée, des difficultés à gérer leur argent ou les tâches domestiques, et une attention qui décroît rapidement. Plus la fonction rénale se dégrade, plus ces troubles cognitifs deviennent fréquents.
Une étude internationale menée sur 676 patients en hémodialyse, publiée dans la revue Nephrology Dialysis Transplantation, a montré que 71,1 % d’entre eux présentaient un déficit dans au moins un domaine cognitif. Par ailleurs, la maladie rénale multiplie par trois le risque d’AVC, souvent plus graves et avec une récupération plus limitée.
Comment préserver son cerveau ?
Selon le néphrologue Mickaël Bobot, maître de conférences à Aix-Marseille Université, la meilleure façon de protéger le cerveau est un dépistage précoce de la maladie rénale. Une simple prise de sang, une analyse d’urines et la mesure de la tension artérielle peuvent permettre d’identifier une atteinte rénale, notamment chez les personnes hypertendues, diabétiques ou celles qui présentent des troubles de la mémoire ou ont déjà eu un AVC. Un bilan cognitif peut aussi être proposé si l’entourage remarque des changements.
Chez les patients en dialyse, la barrière hémato-encéphalique étant fragilisée, davantage de médicaments peuvent passer dans le cerveau, augmentant leur toxicité neurologique. Une greffe rénale peut améliorer certaines fonctions cognitives, mais aucun traitement spécifique n’existe encore pour protéger le cerveau directement. Des recherches sont en cours pour explorer de nouvelles pistes.






