Un médicament en vente libre potentiellement lié à un risque accru de démence
De nombreux médicaments en vente libre, utilisés pour soulager le rhume des foins, un rhume banal ou pour dormir, pourraient représenter un danger pour la santé cognitive. Il s’agit des antihistaminiques H1 dits sédatifs, comme la diphénhydramine, active du Benadryl. Plusieurs études récentes suggèrent que leur utilisation fréquente pourrait augmenter le risque de développer une démence, surtout chez les personnes âgées.
Comment ces médicaments agissent-ils sur le cerveau ?
Le problème réside dans leur mode d’action. Ces antihistaminiques de première génération traversent facilement la barrière hémato-encéphalique. Ils agissent sur le système nerveux central en bloquant l’acétylcholine, un neuromédiateur essentiel à la mémoire. Leur profil anticholinergique est la raison pour laquelle ils sont suspectés d’accroître le risque de démence lorsque leur usage devient régulier sur plusieurs mois ou années. Pourtant, beaucoup de patients les considèrent comme inoffensifs.
Les médicaments en cause
Les antihistaminiques H1 de première génération sont principalement concernés. Ils sont utilisés contre les allergies ou intégrés dans certains sirops contre le rhume, voire comme aide au sommeil. La diphénhydramine, commercialisée sous des noms comme Benadryl, en est un exemple typique. Elle est aussi présente dans de nombreux produits destinés à favoriser le sommeil, souvent commercialisés sous des appellations « night » ou « PM ». Des études publiées en 2024 dans le World Allergy Organization Journal recommandent d’éviter Benadryl en raison de sa charge anticholinergique élevée.
En revanche, les antihistaminiques H1 de deuxième génération, comme la loratadine (Claritin), la cétirizine ou la fexofénadine, pénètrent beaucoup moins dans le cerveau et provoquent moins de somnolence. Selon la médecin Pamela Tambini, il existe des options plus sûres et efficaces. Elle conseille de consulter un médecin pour mieux comprendre ses besoins et améliorer la qualité du sommeil.
Effets sur la mémoire et le risque de démence
Selon Harvard Medical School, ces médicaments ont des effets anticholinergiques marqués. Ils bloquent l’acétylcholine, un neuromédiateur impliqué dans l’apprentissage et l’attention. La production de ce messager diminue naturellement avec l’âge. Ajouter un blocage médicamenteux peut favoriser la confusion, les troubles de la mémoire et les chutes, surtout chez les plus de 65 ans. Ces personnes prennent souvent plusieurs traitements simultanément. La spécialiste Pamela Tambini explique que l’utilisation prolongée de ces médicaments peut affaiblir le cerveau, entraînant des problèmes de mémoire ou un déclin cognitif, surtout si l’on est déjà à risque.
Ce danger n’est pas seulement lié à une utilisation ponctuelle lors d’épisodes allergiques. Il concerne aussi l’usage répété sur le long terme, notamment lorsque la diphénhydramine est utilisée comme somnifère chaque nuit. La spécialiste rappelle que ces médicaments, vendus sans ordonnance, ne sont pas forcément inoffensifs. Leur usage excessif ou prolongé peut perturber la pensée, provoquer la somnolence durant la journée, et à long terme, augmenter les risques pour la santé cognitive.
Ce que disent les études et comment réduire les risques
Plusieurs études de longue durée ont montré un lien entre l’exposition cumulative aux anticholinergiques et la démence. Une recherche publiée dans JAMA Internal Medicine a suivi plus de 3 000 adultes âgés. Elle indique qu’une prise de ces médicaments pendant l’équivalent de trois ans ou plus augmente d’environ 54 % le risque de développer une démence par rapport à une utilisation de trois mois ou moins.
Une autre étude de 2023 dans le Journal of Alzheimer’s Disease et une publication de 2024 dans le Journal of Allergy and Clinical Immunology confirment ces résultats, avec une hausse du risque plus importante pour les antihistaminiques de première génération. Ces travaux restent observationnels, ils ne prouvent pas directement que ces médicaments causent la démence. La Mayo Clinic recommande toutefois de limiter leur usage après 65 ans et d’éviter leur utilisation chronique pour les troubles du sommeil. Elle conseille de privilégier des alternatives plus modernes et de consulter un professionnel de santé pour toute décision.






