Une avancée dans la recherche sur le vieillissement
Voir un proche fêter ses 100 ans devient de plus en plus fréquent. En France, on recensait près de 31 000 centenaires en 2024, soit environ trente fois plus qu’il y a cinquante ans, selon le site médical Pourquoidocteur. Face à cette croissance, les chercheurs s’interrogent : existe-t-il des biomarqueurs du sang qui distinguent déjà, avant l’âge de 100 ans, les personnes qui atteindront cet âge exceptionnel ?
Une étude suédoise apporte des réponses concrètes
Une étude menée par le Karolinska Institutet sur la cohorte suédoise AMORIS apporte des éléments intéressants. Publiée dans la revue spécialisée GeroScience, elle a suivi 44 636 personnes âgées de 64 à 99 ans sur une période allant jusqu’à 35 ans. Parmi elles, 1 224 ont atteint l’âge de 100 ans, principalement des femmes (environ 85 %). Leur profil biologique, analysé dès leur soixantaine, se distinguait déjà nettement de celui des autres. Ces résultats offrent une piste prometteuse pour la recherche anti-âge, sans pour autant garantir une vie éternelle.
Pourquoi ces biomarqueurs du sang intriguent autant
Avant d’atteindre la vieillesse, ces futurs centenaires présentaient déjà de meilleures conditions de santé : moins d’hospitalisations, moins de maladies chroniques, une mémoire et des fonctions cognitives préservées. Leur sang racontait également une histoire similaire. Les chercheurs ont examiné 12 marqueurs liés au métabolisme, au foie, aux reins, à la nutrition, à l’inflammation et à l’anémie. Dix d’entre eux étaient associés à la probabilité d’atteindre 100 ans, seuls l’ALAT et l’albumine ne semblaient pas jouer un rôle significatif.
Ce que révèlent ces biomarqueurs
Un biomarqueur est une mesure chimique qui reflète le fonctionnement d’un organe. Dans cette étude, ce n’est pas un chiffre isolé qui importe, mais un profil global équilibré. Sur le site Earth.com, les chercheurs expliquent que « des métriques équilibrées en milieu de vie semblent préparer le terrain pour une longévité en bonne santé ». Autrement dit, la capacité à vivre longtemps et en bonne santé dépend déjà de l’état biologique vers 60 ans, qui doit évoluer lentement.
Les biomarqueurs clés chez les centenaires
Les différences majeures concernent la glycémie, la fonction rénale et l’inflammation métabolique. Le glycémie à jeun est plus basse chez ceux qui atteindront 100 ans. La plupart ont une glycémie inférieure à 6,5 mmol/L à 60–70 ans. De même, la créatinine, marqueur de la fonction rénale, reste généralement en dessous de 125 µmol/L chez ces individus. Pour l’uricémie, lié à la goutte et à l’inflammation interne, ceux ayant des valeurs faibles ont presque deux fois plus de chances de devenir centenaires que ceux avec des taux plus élevés.
Concernant le foie et le métabolisme, ces personnes présentent des taux plus faibles d’enzymes comme l’ASAT, la GGT, la phosphatase alcaline ou la LDH, reflet d’un foie moins sollicité par l’alcool ou certains médicaments. Par ailleurs, un cholestérol total et un fer légèrement plus élevés semblent liés à une meilleure survie. En revanche, une capacité de liaison du fer plus faible (TIBC) est aussi associée à la longévité. La relation entre cholestérol et longévité peut sembler contre-intuitive, mais chez les personnes âgées, un cholestérol très bas peut indiquer une maladie chronique ou une dénutrition. Les médecins recommandent donc de ne pas modifier ses traitements sans avis médical.
Une stratégie anti-âge basée sur la biologie
La plupart de ces biomarqueurs sont influencés par le mode de vie. Une alimentation riche en sucres, en purines ou en alcool, le manque d’activité physique, le tabac, mais aussi le sommeil et la gestion du stress jouent un rôle. La génétique et le hasard interviennent aussi. Les observations dans les « Blue Zones », comme Okinawa, où vivent de nombreux nonagénaires, confirment cette relation : alimentation modérée, activité quotidienne et faible inflammation chronique. La différence ici est que ces paramètres se lisent simplement sur une prise de sang de routine.
Les biomarqueurs tels que le glucose, la créatinine, l’acide urique, le cholestérol, le fer ou les enzymes hépatiques sont déjà inclus dans la majorité des bilans de santé après 45-50 ans. L’étude AMORIS suggère qu’un suivi régulier avec un médecin, notamment chez les personnes en surpoids, hypertendues ou atteintes de diabète, pourrait permettre d’identifier un vieillissement accéléré. Il serait alors possible d’agir avant que la santé ne se dégrade trop. Les chercheurs du Karolinska envisagent aussi d’associer ces données sanguines à la génétique et à l’intelligence artificielle pour mieux prédire le parcours de vieillissement de chacun.






