Chaque année, de plus en plus de jeunes adultes, souvent dans la trentaine ou la quarantaine, sont diagnostiqués avec un cancer du côlon. Autrefois considéré comme une maladie touchant principalement les personnes âgées, cette hausse surprend car ces patients ne présentent généralement pas de surpoids ni d’antécédents familiaux liés à cette maladie.
Une équipe de chercheurs internationaux affirme avoir identifié une cause majeure de ce cancer chez les jeunes : une toxine produite par certaines bactéries présentes dans l’intestin.
Une augmentation inquiétante du cancer colorectal chez les moins de 50 ans
Les études montrent une forte progression de l’incidence du cancer colorectal dans au moins vingt-sept pays. Selon une publication dans la revue Nature, l’exposition précoce à la toxine bactérienne appelée colibactine, produite par des souches d’Escherichia coli du côlon, pourrait endommager durablement l’ADN des cellules et favoriser la formation de tumeurs précoces. Ce phénomène s’ajoute à d’autres facteurs liés au mode de vie.
Pourquoi la fréquence du cancer du côlon augmente-t-elle chez les jeunes ?
Ce phénomène ne peut plus s’expliquer uniquement par l’alimentation, le tabac ou la sédentarité. L’étude indique qu’une toxine bactérienne, la colibactine, produite par certaines souches d’E. coli dans l’intestin, laisse une signature génétique spécifique dans l’ADN. Elle jouerait un rôle central dans l’apparition de ces cancers précoces.
Le rôle de la bactérie E. coli dans cette augmentation
Les médecins constataient déjà une hausse du cancer colorectal chez les moins de 50 ans, sans pouvoir toujours en expliquer la cause. La plupart de ces jeunes patients n’ont pas d’antécédents familiaux ou de polypes connus, ni de facteurs de risque classiques. La question de l’origine de cette maladie chez eux restait alors ouverte.
Les recherches menées à l’Université de Californie à San Diego et au Centre National de Recherche en Oncologie (CNIO) orientent aujourd’hui l’attention vers certaines souches bactériennes d’E. coli. Normalement présentes dans la flore intestinale, ces bactéries peuvent produire la colibactine, une molécule capable d’attaquer l’ADN des cellules tapissant le côlon et le rectum. Lorsqu’elles agissent de manière répétée, le risque de développer une tumeur augmente.
Selon Marcos Díaz-Gay, chercheur au CNIO, une des découvertes majeures est la forte proportion de mutations liées à la colibactine retrouvées dans les cancers précoces. Ces résultats apportent un début d’explication au lien possible entre cette bactérie et le cancer du côlon.
Qu’est-ce que la colibactine et comment agit-elle sur l’ADN ?
La colibactine est une toxine produite par certaines bactéries intestinales. Elle réagit avec l’ADN des cellules du côlon, provoquant des cassures et des mutations génétiques. Cette signature mutationnelle est très spécifique à cette toxine, car le motif des lésions observées dans le génome est caractéristique.
Ces attaques répétées peuvent entraîner des erreurs dans la réparation de l’ADN, favorisant l’accumulation de mutations. Avec le temps, cela peut conduire à la formation de polypes, puis de tumeurs malignes. La participation d’une bactérie dans le processus cancéreux n’est pas une nouveauté, puisque l’on connaît déjà le rôle de l’Helicobacter pylori dans certains cancers de l’estomac. Cette nouvelle piste souligne que le microbiote pourrait jouer un rôle dans de nombreux cancers gastro-intestinaux.
Une exposition silencieuse dès l’enfance
Ce qui inquiète particulièrement les chercheurs, c’est le risque d’une exposition précoce à la colibactine, dès l’enfance. Si un enfant héberge dans son côlon des bactéries productrices de cette toxine, l’ADN de ses cellules peut être endommagé lentement mais de façon continue sur plusieurs années. Ce processus silencieux pourrait favoriser une apparition plus précoce de la maladie.
Des chiffres qui illustrent le phénomène
Une étude analysant 981 génomes de cancers colorectaux issus de onze pays a montré que les mutations liées à la colibactine sont 3,3 fois plus fréquentes chez les patients de moins de 40 ans que chez ceux de plus de 70 ans. Selon Ludmil Alexandrov, l’empreinte génétique de cette toxine est fortement associée aux cancers du côlon chez les jeunes adultes.
Les chercheurs avancent que des enfants exposés à cette bactérie sans le savoir pourraient développer un cancer du côlon dès 40 ans, au lieu de 60 ans habituellement. Ces résultats expliquent la hausse de l’incidence dans de nombreux pays et soulignent l’importance de mieux comprendre comment ces bactéries colonisent l’intestin et quand la prévention peut être efficace.
| Groupe de patients | Fréquence relative des mutations liées à la colibactine |
|---|---|
| Moins de 40 ans | 3,3 |
| Plus de 70 ans | 1 (référence) |
Selon les projections, si aucune mesure n’est prise, ce cancer pourrait devenir dans les prochaines années l’une des principales causes de mortalité par tumeur chez les jeunes adultes. Le défi est donc de limiter cette augmentation et d’améliorer le dépistage précoce chez cette génération.
Quels sont les premiers signes du cancer du côlon chez les jeunes ?
Il est possible de développer un cancer du côlon dès l’âge de 30 ou 35 ans. Les premiers symptômes sont souvent discrets et peuvent être confondus avec des troubles digestifs banals. Toutefois, certains signes doivent alerter, surtout s’ils persistent ou s’aggravent malgré des changements de mode de vie.
Les signes à ne pas négliger à 30 ans
- Sang dans les selles : traces rouges ou noires, visibles sur le papier ou dans la cuvette.
- Douleurs abdominales inexpliquées, crampes ou gêne dans le bas ventre, surtout si elles revenant au même endroit.
- Changements du transit : diarrhée ou constipation inhabituelles, sensation que l’intestin ne se vide pas complètement.
- Perte de poids et fatigue inexpliquées, qui peuvent indiquer un stade avancé.
Ces symptômes ne signifient pas forcément un cancer, mais ils doivent conduire à consulter un médecin. Des examens comme la coloscopie, permettant de voir directement la paroi du côlon, peuvent prévenir l’évolution vers une tumeur.
Les facteurs de risque incluent notamment les antécédents familiaux, les maladies inflammatoires chroniques, le surpoids, une alimentation riche en viandes transformées, la consommation d’alcool ou de tabac. La nouvelle piste bactérienne s’ajoute à ces facteurs, touchant même des jeunes en bonne santé apparente.
Comment prévenir et dépister le cancer colorectal à moins de 50 ans ?
La prévention reste essentielle face à cette hausse. Adopter une alimentation riche en fibres, limiter la consommation de viande rouge et de charcuterie, faire de l’exercice régulièrement et réduire la consommation d’alcool peuvent aider à protéger le côlon. Ces mesures influencent aussi la composition du microbiote intestinal, ce qui pourrait limiter la présence de souches productrices de colibactine.
Les chercheurs soulignent que la toxine bactérienne ne cause pas à elle seule le cancer. Le processus est multifactoriel : l’action de la toxine crée des lésions, mais l’héritage génétique, le système immunitaire et l’environnement jouent aussi un rôle.
Actuellement, il n’existe pas de test de routine pour détecter si une personne héberge ces bactéries spécifiques. Les analyses classiques recherchent surtout des E. coli responsables d’infections aiguës, pas ceux liés au cancer, qui peuvent rester silencieux.
Le dépistage du cancer colorectal : à quel âge commencer ?
En France, le programme national propose un dépistage entre 50 et 74 ans, par un test de recherche de sang dans les selles tous les deux ans. En cas de résultat positif, une coloscopie est recommandée. Certains pays suggèrent de débuter le dépistage dès 45 ans, en raison du rajeunissement des cas.
Pour les personnes avec des antécédents familiaux ou des symptômes persistants, un dépistage plus précoce peut être conseillé. Le médecin peut alors orienter vers des examens comme la coloscopie ou d’autres tests spécialisés, afin de diagnostiquer précocement et éviter la progression vers une forme avancée.
De nouveaux outils de dépistage devraient voir le jour, ciblant mieux les signatures mutationnelles liées à la colibactine et autres toxines. L’objectif est d’identifier plus tôt les personnes à risque et d’intervenir avant que la maladie ne se développe.






