Depuis trois ans, Marie, âgée de 67 ans, consulte régulièrement pour un mal de dos persistent. Elle a passé des radios, des IRM, suivi des séances de kinésithérapie et pris des antalgiques. On lui a dit qu’il s’agissait d’arthrose, de posture ou simplement du poids des années. Pourtant, elle se sent fatiguée, se réveille chaque nuit avec le dos en feu, le ventre noué, et pense que c’est normal avec l’âge.
Les médecins spécialisés en gérontopsychiatrie rencontrent souvent des patients comme Marie. Ils rappellent que près de 70 % des dépressions après 60 ans se manifestent par des symptômes physiques, appelés « dépressions à masque somatique ». Dans ces cas, le moral n’est pas évident, ce sont surtout les douleurs et autres troubles du corps qui prennent le dessus. Un signe particulier revient fréquemment, mais souvent ignoré par les femmes : il vaut la peine de s’y attarder.
La dépression chez les seniors : quand le corps parle à la place des mots
Chez les personnes âgées, la dépression est souvent sous-diagnostiquée. Beaucoup d’épisodes dépressifs passent inaperçus ou sont mal traités. Les femmes de plus de 60 ans consultent rarement en disant simplement « je suis triste ». Elles se plaignent plutôt de douleurs diffuses, de fatigue intense, de perte d’appétit ou de troubles du sommeil. La Fédération Française de Psychiatrie décrit cela comme une « dépression à masque somatique » où ce sont les symptômes physiques qui prédominent.
Biologiquement, ce n’est pas une question de caractère. La sérotonine et la noradrénaline, deux neurotransmetteurs qui régulent l’humeur, jouent aussi un rôle dans la gestion de la douleur dans la moelle épinière. Lors d’un épisode dépressif, leur taux baisse, ce qui diminue la capacité du corps à filtrer la douleur. Résultat : des signaux habituellement faibles deviennent très douloureux, aggravant des douleurs chroniques comme l’arthrose ou les lombalgies. Déjà, Hippocrate, vers 460 avant J.-C., associait l’état de l’âme à une « bile noire », soulignant que le ventre et l’esprit sont liés.
Douleurs chroniques inexpliquées : un signal d’alerte chez les femmes âgées
Chez les femmes après 60 ans, les douleurs chroniques inexpliquées sont un signe souvent trompeur. La lombalgie est fréquente, résistante aux antalgiques classiques, et ne disparaît pas malgré la rééducation ou des examens peu alarmants. La souffrance persiste, comme si le dos portait seul le poids du découragement.
Les troubles digestifs sont également un indicateur important. Constipation, ballonnements, douleurs abdominales ou brûlures persistent sans qu’aucune lésion organique ne soit détectée lors des examens. La situation devient suspecte lorsque ces douleurs s’inscrivent dans la durée, accompagnées de certains autres symptômes :
- une fatigue démesurée par rapport aux activités quotidiennes ;
- des réveils précoces vers 4 ou 5 heures du matin ;
- une sensation de vide et de manque d’énergie, même pour les plaisirs habituels.
Comment repérer une dépression à travers ces symptômes
Les médecins recommandent de tenir un journal de bord sur 7 jours. Il s’agit d’y noter chaque jour l’intensité des douleurs (de 0 à 10), la qualité du sommeil, les heures de réveil, notamment si elles sont régulières vers 4 ou 5 heures, et le niveau d’énergie ressenti. Ce document aide à ne rien oublier lors de la consultation et facilite la détection d’un trouble de l’humeur.
La Haute Autorité de Santé insiste sur l’utilité de cette démarche pour garantir des soins adaptés à chaque étape de la vie. Lors d’un rendez-vous, il est conseillé de dépasser le simple « j’ai mal au dos » et de préciser : « j’ai une douleur qui ne passe pas et je me sens vide d’énergie ». Ces précisions peuvent orienter le médecin vers une évaluation de l’état mental, notamment via l’Échelle de Dépression Gériatrique (GDS), un questionnaire standardisé en 15 ou 30 questions destiné aux plus de 60 ans.
Il est important d’éviter de se soigner seul avec des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS). Ces médicaments peuvent endommager la muqueuse gastrique, augmenter le risque cardiovasculaire et masquer la véritable cause, qui peut être neurochimique. Identifier une dépression cachée est souvent la clé pour soulager ces douleurs persistantes.






