« Des effets secondaires particulièrement lourds », des « douleurs insupportables »… C’est ainsi que l’avocat Pierre Debuisson décrit le calvaire vécu par ces victimes. Un signalement collectif a été déposé cet été, précisément le 27 juillet, à l’ANSM.
Ces patients ont tous reçu une prothèse pour traiter des hernies inguinales ou abdominales. Depuis leur implantation, ils se plaignent de douleurs sévères et invalidantes. Ces douleurs sont apparues après l’intervention, qui visait à renforcer la paroi abdominale.
Une vie personnelle et professionnelle bouleversée
Selon l’avocat, ces douleurs résultent souvent de lésions nerveuses, de perforations d’organes ou de muscles causées par la prothèse. Elles sont parfois si intenses que plusieurs victimes envisagent le suicide.
Me Pierre Debuisson, qui a été contacté par près de 450 victimes au total, souhaite alerter l’ANSM sur l’ampleur de ce qu’il qualifie de drame humain et sanitaire. Ces victimes, de tous âges, vivent avec des effets secondaires qui impactent leur vie professionnelle et personnelle.
Il souligne que ces risques n’ont jamais été communiqués aux patients avant les opérations.
Julie, par exemple, était sportive et pleine d’énergie avant de déclarer une hernie abdominale il y a quatre ans. Elle s’est fait poser une prothèse synthétique. Depuis, elle ne peut plus exercer son métier d’infirmière. Elle doit se déplacer en fauteuil roulant ou avec une canne, et ressent une sensation d’âge avancé à seulement 29 ans.
Les victimes pensent que la composition plastique des prothèses serait à l’origine de leurs douleurs. Ces implants se décomposeraient dans l’organisme, provoquant douleurs et paralysies. Mickaël, qui ne se déplace plus qu’en béquilles, souhaite faire entendre sa voix.
« Il faudrait vraiment qu’on ait une reconnaissance. Je ne travaille plus depuis deux ans, je n’ai aucune rentrée d’argent. Quand je demande une pension d’invalidité, on me répond que je n’y ai pas droit », explique-t-il.
Les effets secondaires listés par l’avocat comprennent aussi des allergies graves et le développement de maladies auto-immunes liées aux matériaux des prothèses. Ces complications entraînent fatigue chronique, troubles digestifs et douleurs persistantes.
Pour beaucoup, ces effets ont conduit à un arrêt de travail, une invalidité sévère, l’impossibilité de pratiquer le sport, l’abandon de la vie sexuelle, et une dislocation de leur vie privée.
Une estimation potentielle alarmante
La lettre de l’avocat, longue de quatre pages, évoque aussi la difficulté pour ces victimes de faire un signalement officiel auprès de l’ANSM. Il est notamment demandé aux patients de fournir le numéro de modèle de la prothèse, une information difficile à obtenir.
Selon Me Debuisson, le nombre de victimes pourrait être bien supérieur. Il s’appuie sur des études qui estiment que 10 % des patients ayant reçu ces implants connaissent des effets secondaires graves.
Chaque année, environ 200 000 opérations de prothèses de hernie sont réalisées en France. Sur une décennie, cela pourrait représenter environ 2 millions de personnes concernées.
Contactée, l’ANSM assure que les signalements de ces 215 patients seront traités et qu’une réponse est en préparation. Elle précise aussi que des mesures correctives ont été demandées aux fabricants. Bien que le nombre de signalements reste faible par rapport au volume de dispositifs en circulation, l’impact sur la vie des patients est pris très au sérieux.
Les fabricants des prothèses incriminées sont situés aux États-Unis, en Irlande ou en France.






