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Obésité : une maladie méconnue et stigmatisée à découvrir absolument

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Une maladie encore stigmatisée

À l’occasion de la Journée mondiale de l’obésité, Anne-Sophie Joly, présidente du CNAO (Collectif National des Associations d’Obèses), partage son parcours face à cette maladie. Elle insiste sur le fait que l’obésité n’est pas un choix, mais une véritable pathologie.

Les chiffres en France sont alarmants : 10 millions de personnes en souffrent, soit environ un Français sur sept. D’ici 2030, ce chiffre pourrait doubler pour atteindre 20 millions. Anne-Sophie Joly rappelle que l’obésité est une maladie et non une faute personnelle.

Un héritage familial et des blessures d’enfance

Elle explique que sa génétique joue un rôle : son père souffrait également d’obésité. « J’ai une génétique d’obésité de par mon père. À la naissance, il y avait déjà un historique et un paramétrage », confie-t-elle. Cependant, elle souligne que la génétique ne suffit pas à expliquer tout.

Son enfance a été marquée par des traumatismes. Elle n’a pas vu ses parents entre l’âge de 4 et 6 ans, après leur séparation. Elle a été placée chez sa grand-mère, à l’écart, dans un contexte familial difficile. Ces blessures ont ressurgi à l’adolescence, influençant sa relation avec la nourriture.

Un parcours scolaire et professionnel sous pression

Malgré ces obstacles, Anne-Sophie décide de suivre sa voie. À 17 ans, elle s’oriente vers une prépa aux Beaux-Arts, puis entreprend huit années d’études pour devenir architecte d’intérieur spécialisée en monuments historiques. Sa mère lui avait dit qu’elle aurait une chance, à condition de réussir ses examens.

Le stress de ses études et ses blessures d’enfance la conduisent à utiliser la nourriture comme un antidépresseur. Elle raconte avoir travaillé « comme une cinglée » pour réussir, tout en étant confrontée à ses difficultés personnelles.

Les discriminations dans le monde du travail

Après l’obtention de son diplôme à 26 ans, Anne-Sophie fait face à la réalité du marché du travail. Elle décrit une discrimination basée sur son poids : « Elle est grosse, elle s’habille mal – parce qu’il n’y a pas de vêtements à sa taille – et elle ne peut pas représenter un cabinet d’architecture. »

Elle intègre un cabinet, mais doit suivre des consignes strictes : rester à son poste derrière la planche à dessin et éviter tout contact avec les autres. Lors d’une mission sur un chantier, elle est victime de moqueries de la part de collègues plus âgés, qui pensent que sa taille cache une certaine intelligence.

Face à cela, elle demande une embauche en CDI. Son employeur lui répond par un chantage ignoble : « Si tu veux que je t’embauche, droit de cuissage. Tu es grosse, qui voudra de toi ? » Refusant cette proposition, Anne-Sophie quitte l’entreprise.

Une expérience dans la presse médicale marquée par la violence

Elle se tourne ensuite vers le secteur de la presse médicale, mais y rencontre aussi des remarques blessantes. À 27 ans, une supérieure lui lance : « C’est quoi ça ? On est en presse, pas au zoo. »

Malgré ces difficultés, Anne-Sophie prouve ses compétences et finit par être embauchée. Cependant, elle doit continuer à se cacher lors de certains événements, en restant dans l’ombre pour ne pas être visible par les clients.

Les humiliations quotidiennes et le combat contre les clichés

En tant que présidente du CNAO, Anne-Sophie a réussi à s’imposer professionnellement. Mais elle confie que les humiliations persistent : « C’est tous les jours. »

Elle raconte une scène choquante sur un marché en Bretagne, où un client a tenu des propos injurieux à une personne en situation d’obésité, puis lui a lancé des insultes. Anne-Sophie intervient, mais le ton monte rapidement, et le couple présent prend la fuite face à une menace de plainte. Elle confie avoir mis plusieurs jours à se remettre de cet incident.

Les mentalités évoluent lentement. Certaines personnes comprennent que l’obésité n’est pas un choix, mais d’autres continuent à stigmatiser, en la traitant de paresseuse ou d’inefficace, sans distinction de classe sociale ou de profession.

Des avancées mais encore beaucoup à faire

Grâce au CNAO, des progrès ont été réalisés, tels qu’un plan présidentiel sous Nicolas Sarkozy ou les États généraux de l’obésité sous Emmanuel Macron. Une charte alimentaire a également été signée à l’ARCOM.

Mais Anne-Sophie souhaite aller plus loin : elle réclame un plan interministériel sur dix ans, renouvelable, à l’image du plan cancer.

Un message d’acceptation et de bienveillance

Pour encourager les personnes en difficulté, Anne-Sophie insiste sur l’importance de s’accepter tel que l’on est. Elle conseille de se concentrer sur ses forces et d’arrêter de se comparer aux autres. Elle utilise l’image d’un arbre qui n’est pas un roseau pour illustrer cette idée.

Elle déconseille les régimes restrictifs ou à la mode, préférant un rééquilibrage alimentaire basé sur la cuisine maison. Elle rappelle que perdre 5 % de son poids peut réduire significativement les risques liés aux autres maladies.

Elle recommande également de faire appel à un professionnel de la psychologie, car cela peut être déterminant dans la lutte contre l’obésité. Selon elle, il faut aussi éliminer les personnes toxiques de son entourage, car leur influence peut aggraver la situation.

Enfin, Anne-Sophie lance un appel à la société : il faut faire preuve de bienveillance, d’humanité, et arrêter de nier l’évidence. Elle insiste sur le fait que l’attitude positive peut sauver des vies.

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