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Le Mecanisme Silencieux de l’Intestin Qui Favorise le Cancer Colorectal Après 50 Ans

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Un mécanisme silencieux lié au vieillissement de l’intestin et au risque de cancer colorectal

À partir de 50 ans, notre intestin subit des changements subtils mais importants. Bien que son renouvellement se fasse toujours en silence, la façon dont il se modifie avec l’âge pourrait favoriser l’apparition du cancer colorectal, l’un des cancers les plus fréquents chez les personnes âgées.

Une étude menée par une équipe internationale du Leibniz Institute on Aging – Fritz Lipmann Institute et de l’Université de Turin, publiée dans la revue Nature Aging, met en lumière un phénomène appelé dérive épigénétique ACCA. Ce processus, lié au vieillissement de l’intestin, augmenterait le risque de développer un cancer du côlon. Les chercheurs soulignent que cette dérive ne serait pas totalement irréversible, ouvrant ainsi de nouvelles pistes pour la recherche.

Comment le vieillissement de l’intestin prépare le terrain pour le cancer

En France, en 2023, près de 47 582 nouveaux cas de cancer colorectal ont été recensés, avec 16 975 décès en 2022. Si l’âge demeure le facteur de risque principal, les mécanismes précis restent encore peu compris. L’intestin est tapissé d’un épithélium qui se renouvelle en quelques jours grâce à des cellules souches situées dans les cryptes. Avec le temps, ces cellules accumulent des modifications épigénétiques, notamment sur des gènes essentiels pour la protection du tissu et son équilibre.

L’épigénétique concerne des marques chimiques, comme la méthylation de l’ADN, qui peuvent activer ou désactiver certains gènes sans modifier leur séquence. Les chercheurs ont identifié une dérive épigénétique spécifique à l’intestin, nommée ACCA, dont le profil devient plus marqué avec l’âge. Selon le professeur Francesco Neri, près de 63 % des régions hyperméthylées chez les personnes âgées le sont également dans les cancers du côlon. Environ 45 % des gènes affectés sont moins exprimés dans les tumeurs, ce qui indique un terrain plus vulnérable à la maladie.

Une patchwork de cryptes intestinales fragilisées

Chaque crypte intestinale provient d’une cellule souche unique. Si cette cellule développe la dérive épigénétique ACCA, toute la crypte adopte ce profil vieilli et se multiplie. Résultat : le côlon devient un patchwork où des cryptes jeunes cohabitent avec des cryptes plus anciennes. Certaines zones deviennent plus fragiles, moins capables de réparer le tissu, facilitant ainsi l’implantation de tumeurs.

Les chercheurs ont étudié ce phénomène à l’aide de modèles d’organoïdes et de souris. Ils ont identifié trois facteurs qui accélèrent cette dérive :

  • Une carence en fer dans les cellules intestinales
  • Une inflammation chronique de faible intensité
  • Un affaiblissement de la signalisation Wnt, une voie essentielle à la régénération des cellules souches

Le vieillissement de l’intestin, une fragilité en partie réversible

Au niveau moléculaire, les cellules âgées absorbent moins de fer et en libèrent davantage. Cela entraîne une diminution du fer dans le noyau cellulaire, ce qui affecte l’activité des enzymes TET responsables de la déméthylation de l’ADN. Leur baisse d’activité favorise l’accumulation de marques de méthylation sur les gènes protecteurs, qui se taisent.

Les chercheurs ont réussi à réduire, voire à inverser partiellement la dérive ACCA en corrigeant la carence en fer et en stimulant la voie Wnt dans leurs modèles expérimentaux. Selon la Dre Anna Krepelova, cela montre que le vieillissement épigénétique n’est pas une étape inévitable ou figée.

Ces résultats, pour l’instant limités aux études en laboratoire, ne constituent pas une méthode de traitement du cancer colorectal. Toutefois, ils pourraient permettre le développement de nouveaux biomarqueurs pour repérer un épithélium intestinal « âgé » et mieux suivre les personnes à risque.

Les chercheurs soulignent que d’autres études sont nécessaires avant de pouvoir appliquer ces découvertes chez l’humain. En attendant, les stratégies actuelles restent le dépistage organisé à partir de 50 ans, la gestion des inflammations chroniques de l’intestin, et un mode de vie visant à limiter l’inflammation, sans supplémentation en fer sans avis médical.

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