Le glaucome est une maladie chronique de l’œil qui endommage progressivement le nerf optique. Souvent silencieuse, elle évolue sans douleur mais peut entraîner une perte irréversible de la vision. La majorité des cas est liée à une pression trop élevée à l’intérieur de l’œil, appelée pression intraoculaire.
Reconnue comme la première cause de cécité irréversible dans le monde, cette maladie fait l’objet de nombreuses recherches. Récemment, une étude publiée dans le British Journal of Ophthalmology a suggéré qu’un geste quotidien aussi simple que dormir avec un ou plusieurs oreillers pourrait aggraver la progression du glaucome.
Une posture de sommeil qui influence la pression oculaire
Les chercheurs du Centre d’ophtalmologie de l’Université de Zhejiang, en Chine, expliquent que la pression intraoculaire varie selon la posture. Passer de la position assise à la position allongée augmente déjà cette pression pendant la nuit.
Lorsqu’une personne utilise des oreillers pour surélever la tête, la position du cou change, ce qui peut comprimer la veine jugulaire. Cette compression perturbe le drainage naturel de l’humeur aqueuse, le liquide qui nourrit l’œil et contribue à maintenir la pression intraoculaire.
Les experts soulignent que, traditionnellement, la gestion nocturne de la pression intraoculaire repose surtout sur l’augmentation du nombre et de la fréquence des médicaments. Cependant, ils estiment que la position de sommeil mérite une attention particulière.
Une étude sur 144 patients pour tester l’impact
Pour approfondir cette hypothèse, les chercheurs ont suivi pendant sept mois 144 adultes atteints de glaucome. Parmi eux, 70 souffraient d’un glaucome à tension normale, 9 avaient une hypertension oculaire et 65 étaient atteints d’un glaucome à angle ouvert primaire, la forme la plus courante et évoluant lentement.
Les participants ont subi des mesures de leur pression intraoculaire toutes les deux heures, 24 heures sur 24. Ils étaient d’abord en position assise, puis allongés. Lorsqu’ils étaient allongés, leur tête était surélevée de 20 à 35 degrés à l’aide de deux oreillers, puis une nouvelle mesure était prise dix minutes plus tard.
Les résultats montrent que 67 % des participants, soit 96 personnes, ont connu une augmentation de leur pression intraoculaire lors de l’utilisation d’oreillers. La hausse moyenne était d’environ 1,61 mm Hg. La pression était plus élevée avec la tête surélevée, atteignant en moyenne 17,42 mm Hg contre 16,62 mm Hg en position allongée à plat. Ces variations étaient plus marquées au cours de la journée.
Par ailleurs, la pression de perfusion oculaire, qui indique la qualité de l’apport sanguin à l’œil, diminuait nettement lorsque les participants utilisaient deux oreillers. Ces variations étaient particulièrement visibles chez les jeunes et chez les patients atteints de glaucome à angle ouvert primaire.
Une modification de position comme possible solution
Pour mieux comprendre ces effets, les chercheurs ont analysé le flux sanguin dans la veine jugulaire chez 20 volontaires en bonne santé, avec ou sans oreillers. Ils ont constaté que la cavité interne de la veine était plus rétrécie lorsque des oreillers étaient utilisés, tandis que le sang y circulait plus rapidement. Selon eux, cela pourrait être lié à une compression du retour veineux causée par la flexion du cou, ce qui pourrait compromettre l’élimination de l’humeur aqueuse.
Les scientifiques suggèrent que modifier la position de sommeil pourrait devenir une stratégie complémentaire pour réduire la pression intraoculaire. Cependant, ils précisent que cette piste doit encore être approfondie.






