Les cancers du cerveau, un enjeu négligé par la recherche
Le 4 février 2026, à l’occasion de la journée mondiale contre le cancer, plusieurs associations ont lancé un appel pour dénoncer une réalité alarmante : les cancers du cerveau restent très meurtriers. Ce constat ne résulte pas d’un manque de progrès scientifique, mais d’un renoncement politique qui a empêché la mobilisation de la recherche contre ces tumeurs.
Les chiffres sont implacables. Les tumeurs cérébrales représentent la première cause de mortalité par cancer chez les enfants et les jeunes adultes. Le glioblastome, le cancer cérébral le plus fréquent et le plus agressif chez l’adulte, affiche un pronostic particulièrement sombre : une survie médiane d’environ douze mois et moins de 5 % de patients en vie à cinq ans.
Alors que la majorité des autres cancers voient leurs taux de survie progresser rapidement, ceux liés aux tumeurs du cerveau stagnent depuis plus de trente ans. Un retard considérable, témoignant d’un abandon collectif face à ces maladies.
Une maladie qui touche tous les profils
Les cancers du cerveau peuvent frapper sans distinction d’âge ou de situation. Enfants, adolescents, jeunes adultes ou personnes âgées, ils surgissent souvent sans facteur de risque identifiable. Leur évolution est brutale, bouleversant la vie des patients et de leurs proches, tout en laissant peu d’espoir de prévention.
Malgré leur gravité, ces cancers sont parmi les moins financés et étudiés en oncologie. Invisibilisés et sous-investis, ils occupent une place marginale dans les priorités de santé publique et dans les stratégies de l’industrie pharmaceutique.
Les raisons de cette invisibilité
Ce délaissement s’explique en partie par la complexité du cerveau, organe vital protégé par la barrière hématoencéphalique. Cette complexité rend la recherche plus longue, coûteuse, et moins attractive pour l’industrie pharmaceutique.
Cependant, cette réalité ne doit pas justifier l’inaction. Le cancer du cerveau révèle aussi ce que notre société refuse souvent d’affronter : une maladie encore majoritairement incurable, qui détruit progressivement l’identité, prive d’autonomie et mène souvent à une fin de vie déchirante.
Il ne s’agit pas seulement d’un organe atteint, mais de l’essence même de ce que nous sommes : mémoire, langage, personnalité, autonomie. La progression de la maladie alimente un silence et une résignation qui entourent ces pathologies.
Une occasion de changer les choses
Le constat est clair : le cancer du cerveau reste un angle mort des politiques de santé et des investissements de l’industrie. Ce n’est pas une limite de la science, mais un choix collectif de ne pas en faire une priorité nationale.
Pourtant, la recherche a aujourd’hui accès à des outils inédits, comme la biologie moléculaire, la génomique, l’immunothérapie ou l’intelligence artificielle. Ces avancées offrent des perspectives nouvelles pour comprendre et traiter ces cancers.
La France dispose d’équipes médicales et scientifiques de haut niveau, reconnues internationalement. Ce qui manque, c’est une décision politique claire et des moyens financiers suffisants pour agir efficacement.
Un appel à l’action
Les associations mobilisées contre les cancers du cerveau interpellent la ministre de la Santé, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, ainsi que la direction de l’Institut national du cancer. Elles réclament la fin du statu quo.
- Créer un plan national dédié aux tumeurs cérébrales d’ici 2027, pour coordonner recherche, essais cliniques et accès aux innovations.
- Tripler le budget de l’Institut national du cancer, en consacrant 50 millions d’euros par an à la recherche fondamentale et clinique sur ces cancers.
- Faciliter et accélérer l’accès des patients aux essais cliniques, souvent dédiés à d’autres types de cancer.
- Mettre en œuvre rapidement un registre national des cancers, en priorisant ceux au pronostic défavorable, comme les cancers du cerveau et du pancréas.
Ce 4 février 2026 doit marquer un tournant. L’inaction n’est plus une option : il est temps que les cancers du cerveau sortent de l’ombre et deviennent une priorité nationale.






