Les oncologues rassurent sur les antitranspirants et le risque de cancer du sein
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 40 % des cas de cancer sont évitables grâce à des changements de comportements. Adopter une alimentation équilibrée, arrêter de fumer, limiter sa consommation d’alcool, pratiquer une activité physique régulière et dormir suffisamment sont autant de mesures efficaces pour réduire le risque.
À l’occasion d’Octobre rose, le magazine Parade a interrogé trois spécialistes en oncologie sur un sujet sensible : l’utilisation d’un antitranspirant pourrait-elle augmenter le risque de cancer du sein ? Leur réponse est unanime : cette idée reçue doit disparaître. Selon eux, aucune étude solide chez l’humain ne prouve que déodorants ou antitranspirants soient liés au cancer du sein.
Différences entre déodorant et antitranspirant
Pour comprendre la crainte, il faut d’abord distinguer déodorant et antitranspirant. Le déodorant masque les odeurs, tandis que l’antitranspirant réduit la transpiration en bloquant temporairement la sortie de la sueur grâce à des sels d’aluminium. Ces sels bouchent les canaux des glandes sudoripares pour diminuer la transpiration.
La docteure Monique Gary, chirurgienne oncologue, affirme qu’aucune preuve scientifique ne montre que l’utilisation de ces produits provoque un cancer du sein. La proximité de l’aisselle avec le sein alimente parfois les inquiétudes, mais selon le Dr Muhammad Afzal, cette zone contient simplement plus de tissu mammaire, ce qui explique une fréquence plus élevée de tumeurs dans cette région. Il précise cependant que cela ne signifie pas que le déodorant en est la cause, et que les recherches n’ont pas établi de lien de causalité.
Les études et la barrière de la peau
Les médecins s’appuient surtout sur des études menées chez l’humain. La plus grande d’entre elles, menée auprès d’environ 800 femmes, n’a pas révélé de risque accru de cancer du sein lié à l’usage d’antitranspirants. Une étude cas-témoins, impliquant plus de 800 femmes atteintes ou non de cancer, confirme aussi cette absence de lien.
Les sels d’aluminium, composant des antitranspirants, suscitent encore des inquiétudes. Certaines recherches en laboratoire ont montré qu’ils pouvaient perturber des cellules mammaires in vitro. Cependant, la Dre Nellie Nafissi nuance : ces expériences ont été réalisées au niveau cellulaire uniquement, et n’ont pas été reproduites chez l’humain. Elle rappelle que la peau constitue une barrière naturelle efficace contre ces substances et que les données scientifiques attestent de l’innocuité des antitranspirants dans la pratique courante.
Les toxines et la transpiration
Une autre crainte fréquente concerne la soi-disant incapacité de l’organisme à éliminer ses toxines si la transpiration est bloquée. Selon le Dr Afzal, cette idée est fausse. La transpiration sert principalement à réguler la température corporelle, tandis que le foie et les reins jouent un rôle clé dans l’élimination des déchets et toxines. En bloquant la transpiration sous les bras, on ne retient pas des toxines responsables du cancer du sein.
Enfin, l’interdiction de porter un déodorant le jour d’une mammographie est souvent évoquée. L’American Cancer Society précise qu’il ne s’agit que d’un problème d’image : les particules d’aluminium peuvent apparaître comme de petits points blancs sur la radiographie, pouvant compliquer l’interprétation. Il est donc conseillé de venir sans déodorant ce jour-là.
Les spécialistes concluent que chacun peut utiliser un déodorant sans sels d’aluminium ou plus naturel s’il le souhaite, mais que les données disponibles ne justifient pas d’arrêter d’utiliser ces produits par peur de développer un cancer du sein.






