Des déchets agricoles aux ingrédients santé : une bioraffinerie innovante
Au cœur de l’Extremadura, la société Natac transforme des résidus agricoles, comme des feuilles, des tiges et des eaux usées issues de moulins, en ingrédients destinés à la pharmacie, aux compléments alimentaires et aux cosmétiques. Cette bioraffinerie innovante repose sur une idée simple : utiliser ces déchets végétaux comme matière première plutôt que de les laisser à la décharge ou de les brûler.
L’histoire de Natac a commencé en 2012 dans la petite ville de Palenciana, en Andalousie, avec une première usine spécialisée dans la feuille d’olivier. Alba Ramos, responsable de projet chez Natac, explique que cette activité est née de la valorisation de biomasses ou restes végétaux issus d’autres industries, qui n’avaient initialement aucune valeur. Aujourd’hui, en 2024, le groupe traite près de 9 000 tonnes de biomasse par an et prévoit d’atteindre 20 000 tonnes grâce au projet européen SUSTAINEXT.
Une transformation des résidus agricoles en ingrédients bénéfiques pour la santé
La bioraffinerie de Natac utilise une variété de coproduits agricoles et agroindustriels, tels que les feuilles d’olivier, les fractions aqueuses issues de la fabrication d’huile, ou encore les restes d’artichaut ou de cardon. Elle valorise aussi des plantes médicinales et aromatiques comme le romarin, la verveine citronnée ou la camomille. En 2024, l’entreprise a ainsi transformé environ 8 000 m³ de fractions aqueuses d’olivier, soit l’équivalent de trois piscines olympiques.
Le projet SUSTAINEXT, financé par l’initiative européenne Circular Bio-based Europe Joint Undertaking dans le cadre d’Horizon Europe, rassemble 21 partenaires. Il vise à produire 46 extraits ou ingrédients à partir de six matières premières différentes, dans une usine située à Hervás, en Cáceres, qui sera neutre en carbone.
Le procédé consiste à nettoyer, sécher parfois, puis broyer les végétaux. Ces matières sont ensuite mises en contact avec de l’eau ou des solvants autorisés afin d’extraire les composés bénéfiques pour la santé. Alba Ramos précise qu’il s’agit d’élaborer une infusion industrielle. Les extraits sont transformés en poudre, qui peut ensuite être commercialisée sous diverses formes, comme des gélules, des crèmes ou des additifs alimentaires. Le modèle ajuste automatiquement ses paramètres d’extraction selon la composition de chaque lot, pour limiter les pertes et réduire les déchets.
De la feuille d’olivier à la poudre : un processus industriel à Hervás
L’usine de Hervás, ouverte en 2021, marque la montée en puissance de Natac à l’échelle industrielle. Elle traite aujourd’hui environ 9 000 tonnes de biomasse par an, principalement issues de l’olivier, de l’artichaut et du cardon. Les extraits produits sont sous forme de poudres concentrées, intégrées par d’autres fabricants dans des gélules, des crèmes, des boissons ou des compléments alimentaires pour animaux.
Les sous-produits de l’olivier, notamment les feuilles et les effluents, sont particulièrement étudiés pour leur richesse en composés phénoliques, qui ont une forte activité antioxydante. Certains extraits de feuilles d’olivier sont déjà présents dans des compléments alimentaires vendus en Europe, tandis que des poudres de romarin ou de verveine servent de conservateurs ou d’arômes naturels. La majorité des ventes de Natac, environ 90 %, sont destinées à l’exportation, témoignant de l’intérêt international pour ces ingrédients d’origine végétale.
Réglementation, sécurité et limites des ingrédients issus de plantes
Selon l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), les botanicals et préparations végétales destinés aux compléments alimentaires doivent faire l’objet d’une évaluation des risques. Celle-ci prend en compte la présence éventuelle de contaminants (pesticides, métaux lourds), la variabilité naturelle des plantes et leur teneur en molécules actives.
Les ingrédients végétaux qui n’ont pas été utilisés de façon sûre avant le 15 mai 1997 relèvent de la réglementation « Novel Food » et doivent faire l’objet d’un dossier scientifique spécifique. La frontière entre un complément alimentaire et un médicament dépend notamment de la dose administrée et des allégations de santé autorisées.
Pour le consommateur, l’étiquette mentionnant « ingrédient santé » sert souvent d’argument marketing. La durabilité de la filière, l’utilisation de solvants maîtrisés, la standardisation des extraits et la traçabilité des lots sont autant d’aspects importants, tout comme l’origine « déchet agricole ». Cependant, beaucoup de résidus végétaux pourraient aussi être valorisés par le compost ou la production d’énergie, ce qui implique de faire des choix en fonction des priorités.
Enfin, il est conseillé de consulter un professionnel de santé avant de consommer régulièrement des compléments à base d’extraits végétaux, surtout en cas de maladie chronique ou de traitement médicamenteux. Il est également important de lire attentivement les étiquettes.






