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Pourquoi le même traitement contre le cancer peut échouer ou réussir chez deux patients

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Les raisons pour lesquelles un même médicament peut échouer ou réussir chez différents patients atteints du même cancer

Il est courant que deux patients atteints du même type de cancer reçoivent le même traitement ciblé, mais obtiennent des résultats très différents. Certains ne répondent pas immédiatement, tandis que d’autres rechutent après quelques mois. On parle alors de résistance primaire ou secondaire, un obstacle majeur aux progrès, malgré l’arrivée des thérapies ciblées et de l’immunothérapie.

Une explication principale réside dans l’hétérogénéité intratumorale. En effet, une tumeur n’est pas uniforme : elle est composée de plusieurs clones cellulaires, dont certains sont très sensibles au traitement, tandis que d’autres y sont peu réceptifs.

Le rôle de l’environnement tumoral

De plus, l’environnement autour de la tumeur influence aussi l’efficacité du traitement. Les vaisseaux sanguins désorganisés qui irriguent la tumeur distribuent le médicament de manière inégale. Cela crée des zones bien perfusées, où le traitement atteint efficacement les cellules, et d’autres presque “à sec”.

Jusqu’à présent, la plupart des études se concentraient sur la tumeur dans son ensemble. Cependant, une nouvelle recherche britannique va plus loin en analysant ce qui se passe à l’intérieur de chaque cellule.

Une cartographie cellulaire pour mieux comprendre la réponse au traitement

En cartographiant, cellule par cellule, la distribution de certains médicaments dans des tumeurs d’ovaire, des chercheurs ont découvert un phénomène inattendu : un “réservoir” microscopique à l’intérieur même des cellules cancéreuses. Ce détail pourrait expliquer pourquoi certains patients ne répondent pas au traitement, ou pourquoi celui-ci échoue avec le temps.

Publié le 17 mars 2026 dans Nature Communications, cette étude menée par la Dr Louise Fets, au MRC Laboratory of Medical Sciences et à l’Imperial College London, se concentre sur les inhibiteurs de PARP, utilisés dans le traitement du cancer de l’ovaire de haut grade.

Les chercheurs ont traité des échantillons de tumeurs humaines maintenus en vie en laboratoire avec des molécules comme le rucaparib, le niraparib ou l’olaparib. Ils ont suivi leur comportement grâce à une technique d’imagerie appelée spectrométrie de masse.

Des zones d’absorption variables dans les tumeurs

Le Dr Zoe Hall, auteure principale de l’étude, explique que l’utilisation de cette imagerie a permis de visualiser directement comment le médicament est absorbé dans les tissus tumoraux.

Les cartes obtenues révèlent des “points chauds” et des “zones froides” de concentration du médicament, non seulement d’un patient à l’autre, mais aussi à l’intérieur d’une même tumeur. En zoomant, l’équipe a observé que certains lysosomes, des organites cellulaires de recyclage, capturent et stockent certaines molécules.

Les chercheurs ont été surpris par cette grande variabilité d’accumulation du médicament à l’échelle cellulaire. Le phénomène est principalement dû à l’accumulation du médicament dans ces lysosomes, qui agissent comme des réservoirs. Ils stockent, puis libèrent le médicament lorsque cela est nécessaire, augmentant ainsi l’exposition des cellules cancéreuses au traitement. Ce mécanisme concerne surtout le rucaparib et le niraparib, mais beaucoup moins l’olaparib, indique la chercheuse Carmen Ramirez Moncayo.

Vers une médecine plus personnalisée

Si certaines cellules emmagasinent le médicament et d’autres non, cela entraîne une variation importante de la dose effective à différents endroits de la tumeur. Selon le Dr Louise Fets, comprendre comment les médicaments pénètrent dans les cellules pourrait expliquer pourquoi certains traitements fonctionnent chez certains patients et pas chez d’autres.

L’objectif à terme est d’étudier la signature moléculaire de chaque tumeur afin d’adapter les traitements de manière plus précise et personnalisée.

Les expériences menées jusqu’ici ont été réalisées sur des tissus tumoraux en dehors du corps. Les chercheurs prévoient désormais des études sur des modèles animaux, puis chez l’humain, où la circulation sanguine et la structure de la tumeur introduiront d’autres variables.

Ces travaux montrent que la réponse à un traitement ne dépend pas uniquement de la molécule utilisée, mais aussi de la façon dont chaque tumeur, et chaque cellule, l’absorbe et la gère. C’est une étape importante vers une véritable médecine de précision.

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