Depuis plusieurs années, les médecins ne recommandent plus aux seniors de prendre de l’aspirine pour « protéger leur cœur ». Pourtant, en 2026, de nombreuses personnes de plus de 60 ans continuent de consommer un sachet d’aspirine chaque jour, alors que les connaissances scientifiques ont évolué.
Selon Anne Murray, médecin gériatre et épidémiologiste à Minneapolis, cette pratique persiste en partie parce que l’aspirine est facilement accessible sans ordonnance. Elle explique aussi que changer les habitudes médicales demande du temps, souvent une génération.
Ce que révèlent les études sur l’aspirine quotidienne
Pendant longtemps, les professionnels de santé ont conseillé aux seniors de prendre de l’aspirine à faible dose pour réduire la formation de caillots dans les artères. Ces caillots peuvent obstruer le flux sanguin, provoquant un infarctus ou un AVC.
Cependant, une étude internationale menée sur plus de 19 000 seniors en bonne santé a suivi leur consommation d’aspirine (100 mg par jour) pendant près de cinq ans. Les résultats montrent qu’elle n’apporte pas de bénéfice en termes de durée de vie ou de qualité de vie. En revanche, le risque de saignement grave augmente significativement, d’environ 38 % au bout de cinq ans. Chez les plus de 70 ans sans antécédents d’infarctus ou d’AVC, l’aspirine n’a pas été plus efficace qu’un placebo pour prévenir les handicaps, la démence ou le décès.
L’aspirine ne prolonge pas la vie
Une analyse complémentaire indique même qu’une dose quotidienne d’aspirine pourrait accélérer la progression de certains cancers chez les personnes âgées. Elle souligne également que plus on avance en âge, plus les risques de saignements, notamment intracrâniens ou intestinaux, sont élevés. Des études montrent que les hospitalisations pour hémorragie atteignent 1,5 % par an avant 65 ans, mais peuvent atteindre 5 % après 85 ans, avec une mortalité accrue.
L’aspirine reste utile en prévention secondaire
En revanche, l’aspirine à faible dose (75 à 100 mg par jour) conserve une place en prévention secondaire, c’est-à-dire après un infarctus, un AVC, une attaque transitoire ou la pose d’un stent. Cependant, cette utilisation doit toujours être encadrée par un médecin. Selon le Pr Lloyd-Jones, la dose de 81 mg par jour est aussi efficace que la dose plus forte pour prévenir la formation de caillots sanguins responsables des crises cardiaques et AVC. Prendre des doses plus élevées, comme 325 mg, augmente le risque de saignement sans apporter de bénéfice supplémentaire.
Les spécialistes rappellent qu’il ne faut jamais arrêter seul un traitement à l’aspirine prescrit après un infarctus, un AVC ou la pose d’un stent. En revanche, si vous prenez de l’aspirine sans indication précise, il est conseillé d’en parler avec votre médecin. Il pourra évaluer votre risque cardiaque, votre risque de saignement, ou proposer d’autres moyens pour protéger votre cœur, comme un ajustement du mode de vie ou la prise d’autres médicaments.
- Mon risque cardiaque à 10 ans justifie-t-il une prise quotidienne d’aspirine ?
- Quel est mon risque personnel de saignement, en fonction de mon âge ou d’autres traitements ?
- Existe-t-il des alternatives plus adaptées pour protéger mon cœur ?
- Comment arrêter l’aspirine en toute sécurité si nécessaire ?






