L’hypnose suscite souvent la curiosité et l’incompréhension. Associée à des spectacles de divertissement, elle est aussi utilisée dans le domaine médical pour traiter des phobies, des angoisses ou des addictions. Mais peut-elle réellement influencer notre cerveau et nous soigner ?
Une perception différente de l’hypnose
Contrairement à l’idée qu’elle serait un état de sommeil ou de perte de contrôle, l’hypnose est avant tout un « phénomène naturel de modification de la perception », expliquent Messmer, hypnotiseur de spectacle, et le Dr Jean-Marc Benhaiem, médecin hypnothérapeute. Elle consiste à passer d’un état de maîtrise consciente à un lâcher-prise volontaire.
Lors d’une séance, la personne reste présente et attentive, parfois même plus qu’à l’état normal. Son cerveau fonctionne différemment : les échanges entre différentes zones cérébrales deviennent plus fluides. Selon les cas, cette modification permet de réduire la douleur, de mieux vivre un traitement médical ou de réapprendre à habiter son corps, souvent source de souffrance.
Le déroulement d’une séance d’hypnose
Souvenirs et mémoire après une séance
Messmer indique qu’il donne souvent une suggestion pour que le patient se souvienne de tout, ce qui fonctionne dans la majorité des cas. Certains n’ont que des flashs ou ne se souviennent de rien, car la communication entre le subconscient et la conscience peut être limitée. Cependant, la mémoire revient généralement peu après ou si quelqu’un leur en parle.
Le Dr Jean-Marc Benhaiem précise que ce phénomène illustre comment le cerveau peut cloisonner ou relier ses zones. En hypnose, le décloisonnement favorise une circulation plus fluide, ce qui peut apaiser la douleur ou aider à faire face à un traumatisme.
Messmer donne un exemple en expliquant qu’il peut détourner l’attention d’un patient lors d’une extraction dentaire en le faisant imaginer qu’il est à la plage, ce qui réduit la perception de la douleur.
Utilisations possibles de l’hypnose
Le Dr Jean-Marc Benhaiem souligne que l’hypnose est particulièrement utile lors d’interventions chirurgicales ou médicales. Elle permet au patient de se détacher de la douleur, en laissant par exemple son bras s’engourdir ou en partant en « promenade mentale ». Cette technique peut réduire la consommation de médicaments anesthésiques. Elle est aussi efficace pour traiter des douleurs chroniques, comme la fibromyalgie, en aidant le patient à réintégrer son corps.
Une capacité ou un apprentissage ?
Messmer affirme que l’hypnose n’est pas un don inné. Il a découvert cette pratique à l’âge de 7 ans en lisant un livre ancien. Autodidacte, il a développé ses techniques, convaincu de leur efficacité. Selon lui, tout le monde peut apprendre à hypnotiser, mais certains le font mieux que d’autres, comme pour le chant.
Receptivité et résistance à l’hypnose
Tout le monde peut-il être hypnotisé ?
Messmer explique qu’il repère la réceptivité par des signes physiques tels que l’accélération du rythme cardiaque ou la dilatation des pupilles. Tout le monde peut être hypnotisé, car nous vivons des états hypnotiques au quotidien. Sur scène, environ 15 % des participants sont très réceptifs, mais ce taux augmente avec la baisse des barrières lors du spectacle. En cabinet, le praticien adapte ses techniques à chaque patient.
Le Dr Jean-Marc Benhaiem précise que la suggestibilité dépend aussi de la personnalité. La capacité à entrer dans l’état hypnotique varie, mais l’envie de changer est essentielle pour que cela fonctionne. La suggestibilité est liée à la capacité d’imaginer et d’activer certaines zones du cerveau.
Hypnose contre la volonté ?
Messmer raconte qu’il a déjà hypnotisé des personnes qui résistaient consciemment. Leur subconscient, cependant, peut vouloir vivre l’expérience. Si une suggestion va à l’encontre de leurs valeurs, elles bloqueront. Le Dr Benhaiem ajoute que la maîtrise ou la non-maîtrise de l’état hypnotique dépend aussi du niveau sous-cortical, où l’on puisent parfois des ressources importantes.
Hypnose et thérapie
Réactiver des souvenirs
Messmer évoque la régression, qui permet de retrouver l’origine d’un problème. Il cite l’exemple d’un jeune homme qui, sous hypnose, a retrouvé un souvenir d’enfance lié à un vertige. La modification de ce souvenir a permis de faire disparaître son vertige. Il souligne toutefois le risque de faux souvenirs, qui peuvent être créés ou guidés par le thérapeute.
Le Dr Jean-Marc Benhaiem mentionne que l’auto-hypnose existe aussi. Par exemple, lorsqu’un patient se dit « ça va bien se passer » avant une opération, c’est une forme d’auto-hypnose. Elle est aussi utilisée pour traiter des addictions ou des troubles alimentaires, en permettant au corps de rejeter ces substances ou comportements.
Les principales raisons de recours à l’hypnose
Le Dr Benhaiem indique que nombreuses personnes consultent pour des addictions, notamment aux tabac, alcool ou troubles du comportement alimentaire. Même si elles savent consciemment qu’elles doivent arrêter, elles ont du mal à franchir le cap. L’hypnose agit alors sur le subconscient, en reconnectant le patient à son corps. Celui-ci exprime alors qu’il ne veut plus subir cette souffrance, ce qui facilite la démarche de changement.






