Une nouvelle piste pour améliorer la radiothérapie
Le cancer reste la deuxième cause de mortalité dans le monde, avec près de 10 millions de décès chaque année. En France, il est la première cause de mortalité prématurée, dépassant même les maladies cardiovasculaires. Selon le type de cancer, différents traitements sont utilisés, comme la chimiothérapie, la chirurgie, ou la radiothérapie. Cette dernière utilise des rayons pour détruire les cellules cancéreuses restantes après l’ablation de la tumeur.
Une étude récemment publiée dans la revue Nature Communications apporte une nouvelle perspective. Elle indique que le moment de la journée où la radiothérapie est administrée pourrait influencer son efficacité. En effet, selon les chercheurs, le corps ne répare pas son ADN de la même façon le matin, l’après-midi ou la nuit. Cela pourrait modifier la réponse des tumeurs au traitement.
Les travaux, menés en Espagne au centre CABIMER, à l’Université de Séville et à l’hôpital Virgen Macarena, suggèrent que réaliser la radiothérapie en fin d’après-midi ou en soirée pourrait être plus efficace pour certains cancers. Parmi eux, le cancer du sein (58 400 cas par an en France) et celui de la prostate (60 000 nouveaux cas chaque année).
Le rôle de l’horloge biologique dans la réparation de l’ADN
Les chercheurs ont étudié la protéine Cryptochrome 1, ou CRY1, un composant clé de l’horloge circadienne. La quantité de cette protéine dans les cellules varie au cours de la journée. La réparation des cassures d’ADN suit également un cycle circadien : elle est la plus efficace tôt le matin, puis diminue dans l’après-midi, avant de remonter pendant la nuit.
CRY1 agit comme un frein à la réparation de l’ADN. Lorsque son niveau est faible, la réparation est optimale. À l’inverse, lorsque CRY1 augmente en fin d’après-midi ou en soirée, la réparation devient moins efficace. Les cellules deviennent alors plus sensibles aux rayonnements ionisants, utilisés en radiothérapie, ce qui pourrait améliorer le traitement selon l’heure de l’administration.
Des résultats cliniques encourageants
Les chercheurs ont également analysé des données de patients traités à l’hôpital Virgen Macarena. Ils ont observé une différence notable dans la survie selon le moment de la irradiation. Les séances réalisées en fin d’après-midi ou en soirée, quand CRY1 est naturellement plus élevé, semblaient rendre les tumeurs plus sensibles aux rayons et améliorer le pronostic.
Ce phénomène a été particulièrement observé pour le cancer du sein et celui de la prostate. Les patientes dont les tumeurs exprimaient un niveau élevé de CRY1 répondaient mieux à la radiothérapie. En revanche, pour d’autres cancers comme ceux du poumon ou les gliomes, aucun bénéfice clair n’a été identifié, montrant que cette approche ne serait pas universelle.
Une nouvelle voie vers la chronoradiothérapie
Ces résultats mettent en lumière la possibilité de pratiquer une chronoradiothérapie, c’est-à-dire d’adapter l’heure des séances en fonction du rythme biologique. Cette stratégie pourrait améliorer l’efficacité du traitement ou réduire ses effets secondaires. D’autres études sur des cancers ORL ou du col de l’utérus indiquent déjà que le moment de la radiothérapie peut influencer la toxicité, bien que les données restent encore limitées.
Pour les équipes médicales, le timing pourrait devenir une variable à prendre en compte, en complément du type de cancer et des organes à protéger. Les chercheurs souhaitent maintenant confirmer ces observations dans des essais cliniques spécifiques, notamment pour le sein et la prostate. L’objectif est de mieux comprendre pourquoi certains cancers ne réagissent pas à l’heure d’irradiation et de développer une radiothérapie personnalisée selon l’horloge biologique de chaque patient.






