Un traitement contre le cancer pourrait réduire la récidive après un infarctus
Le syndrome coronarien aigu (SCA) correspond à une obstruction soudaine d’une ou plusieurs artères du cœur, souvent causée par la rupture d’une plaque d’athérome. Cela peut entraîner une angine de poitrine ou un infarctus du myocarde. Malgré une prise en charge rapide et une prévention secondaire, le risque de récidive demeure, surtout lorsque l’inflammation résiduelle persiste. C’est ce problème que des chercheurs de l’Inserm, en collaboration avec l’Université de Cambridge, ont décidé d’étudier.
Un risque élevé de récidive, notamment la première année
Même après stabilisation, les patients ayant subi un SCA conservent un risque annuel d’environ 3 % de décès et de 1 à 2 % de nouveaux infarctus. Les traitements de fond, tels que les bêtabloquants, les médicaments antiagrégants, les statines à forte dose, ou encore les inhibiteurs de l’enzyme de conversion, permettent de réduire ce risque. La rééducation cardiaque et la gestion des facteurs de risque jouent aussi un rôle important. Cependant, ces stratégies ne suppriment pas complètement le danger.
Une majorité de patients, environ six sur dix, présentent une inflammation résiduelle, détectée par un taux élevé de la protéine C-réactive. Cette inflammation chronique des artères est associée à un risque accru de récidive, surtout lors de la première année après l’épisode aigu. Aucun traitement spécifique ciblant cette inflammation n’est actuellement disponible, et les essais en cours dans ce domaine n’ont pas encore abouti à une autorisation pour cet usage.
Une approche innovante avec l’interleukine-2
Les chercheurs ont constaté que, lors d’un SCA, le nombre de lymphocytes T régulateurs (Treg), qui jouent un rôle clé dans la réponse immunitaire contrôlée, diminue et fonctionne mal. Chez l’animal, augmenter ces Treg protège contre l’athérosclérose et l’infarctus. L’équipe a donc cherché à stimuler ces cellules grâce à l’interleukine-2 (IL-2), administrée à très faible dose. Contrairement aux doses utilisées dans le traitement du cancer, qui peuvent être toxiques pour le cœur, celles employées ici sont environ mille fois plus faibles.
Les résultats d’un essai clinique
Dans une étude de phase 2, 60 patients ayant subi un SCA et présentant une inflammation résiduelle ont reçu soit un placebo, soit de faibles doses d’IL-2 pendant huit semaines. Les résultats montrent que, chez ceux traités avec l’IL-2, le nombre de Treg a augmenté en moyenne de 40 %. L’inflammation artérielle a aussi diminué de 7,7 % par rapport au groupe placebo. L’effet était d’autant plus marqué chez les patients avec une inflammation initiale élevée. Le traitement s’est révélé bien toléré.
Aucun événement cardiovasculaire chez les patients traités
Après un peu plus de deux ans de suivi, aucun événement cardiovasculaire majeur n’a été observé dans le groupe recevant l’IL-2, contre quatre dans le groupe placebo. Selon Ziad Mallat, directeur de recherches à l’Inserm, ces résultats soulignent le potentiel d’un traitement anti-inflammatoire ciblé sur l’immunité adaptative, en particulier sur les lymphocytes T régulateurs. Il s’agit d’une première chez l’humain, car jusqu’ici, peu de traitements ciblent spécifiquement cette voie.
Perspectives et prochaines étapes
Pour l’instant, cette approche reste expérimentale. Les chercheurs prévoient de lancer un essai de phase 3, impliquant un plus grand nombre de patients, afin de confirmer si l’IL-2 à faible dose peut réellement réduire les récidives à grande échelle. Si ces résultats sont positifs, ce traitement pourrait venir compléter la prévention secondaire classique, notamment pour les patients présentant un risque inflammatoire persistant.
Source : Anti-inflammatory therapy with low-dose IL-2 in Acute Coronary Syndromes, Nature medicines, janvier 2026






