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PMA : le diagnostic pré-implantatoire qui pourrait sauver des vies

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De nombreux professionnels de la procréation médicalement assistée (PMA) en France réclament l’autorisation du diagnostic pré-implantatoire des aneuploïdies (DPI-A). Cette technique permet d’analyser les chromosomes des embryons avant leur implantation afin de détecter d’éventuelles anomalies chromosomiques, telles que la trisomie ou la monosomie. Ces anomalies sont une cause fréquente d’échec d’implantation et de fausses couches.

Une question de souffrance et d’efficacité

Selon Sophia Rakrouki, sage-femme spécialiste de la fertilité à l’hôpital Jean-Verdier de Bondy, « on se retrouve avec des patientes qui passent trois à quatre ans en PMA alors qu’elles auraient pu le faire en 6 mois ». Elle observe chaque semaine les conséquences humaines de ces parcours longs et éprouvants. Elle souligne aussi que les centres de PMA sont saturés, ce qui crée un contexte anxiogène pour les patientes. Si une technique pouvait leur éviter des années de traitement, des fausses couches ou des interruptions médicales, cela serait bénéfique.

Le DPI-A, une technique courante à l’étranger

Le DPI-A est déjà utilisé dans plusieurs pays, comme l’Espagne, la Belgique ou le Royaume-Uni. La technique consiste à prélever des cellules de l’embryon pour examiner ses chromosomes avant de l’implanter. Or, en France, cette procédure n’est pas autorisée, ce qui empêche de détecter d’éventuelles anomalies chromosomiques avant la transplantation.

Ce manque d’autorisation pose un problème éthique. Virginie Rio, cofondatrice du collectif BAMP, s’interroge sur la pratique actuelle où des embryons sans potentiel d’implantation sont transférés, parfois au prix de plusieurs années de parcours pour les patientes.

Les enjeux législatifs et éthiques

La question du DPI-A a été abordée lors de la dernière révision des lois bioéthiques, entre 2018 et 2021, mais elle a été rejetée par le Parlement. La Fondation Jérôme Lejeune, qui s’oppose à cette pratique, a saisi la justice en 2024 pour interrompre des recherches financées en France. Elle considère le DPI-A comme « eugéniste » et critique son message perçu comme rejetant les personnes porteuses de trisomie 21. La justice a estimé que l’intérêt médical immédiat de ces recherches n’était pas démontré.

Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) a également exprimé en 2021 que le terme « eugénisme » était inapproprié dans le contexte de la PMA et du DPI-A. Il a souligné qu’il est possible de pratiquer une interruption médicale de grossesse en cas de détection d’une trisomie 21 lors d’un diagnostic au deuxième trimestre. La question est alors posée : ne serait-il pas plus éthique de permettre l’analyse des embryons avant implantation, plutôt que de procéder à une sélection tardive ?

Un parcours souvent semé d’échecs

Les spécialistes estiment que le DPI-A pourrait réduire le nombre de tentatives infructueuses en FIV. En 2021, le taux d’accouchement après une FIV classique en France était d’environ 20 %, ce qui implique souvent plusieurs cycles long et difficiles pour les patients. Le DPI-A pourrait permettre de mieux cibler les embryons porteurs d’anomalies, évitant ainsi des transferts d’embryons sans potentiel d’implantation.

Geoffroy Robin, secrétaire général du CNGOF, évoque le cas d’une femme disposant d’une quinzaine d’embryons sans avoir connu de début de grossesse. « Ne serait-il pas plus judicieux de pouvoir les sélectionner ? » se demande-t-il.

Des situations absurdes et douloureuses

Le professeur Samir Hamamah souligne des situations où l’interdiction du DPI-A crée de la souffrance. Par exemple, il est possible, en France, de détecter des maladies graves comme la mucoviscidose, mais pas de dire à un couple si leur embryon présente une trisomie 21. Cela peut mener à des décisions difficiles, comme une interruption médicale de grossesse, alors que l’information aurait pu être connue avant l’implantation. Selon lui, il faut prendre conscience de la souffrance que cela engendre.

Vers une évolution législative ?

Le CNGOF espère que la question sera abordée lors de la prochaine révision des lois bioéthiques. Il est favorable à une autorisation encadrée du DPI-A, en tenant compte notamment de l’âge des patientes, par exemple après 36 ans, ou après plusieurs tentatives infructueuses. Certains proposent également d’étendre cette pratique aux cas de fausses couches à répétition.

Virginie Rio, du collectif BAMP, souhaite que des propositions de loi soient faites indépendamment de la révision des lois bioéthiques. Elle insiste : « Sinon, ce sont des bébés qui ne vont pas naître ».

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